mardi 16 juillet 2013

Festival off d'Avignon 2013, débriefing!

Grande découverte pour moi malgré 17 ans passés dans le Sud de la France et une passion pour la scène... Ce week-end pour la première fois j'ai mis les pieds au festival Off d'Avignon et comme je m'en doutais, j'ai été enchantée par cette parenthèse hors du monde et hors du temps.


Imaginez tout un centre ville entièrement voué aux spectacles pendant plusieurs semaines, des salles de théâtre à tous les coins de rue, des animations de rue, des comédiens qui sortent de leur théâtre pour vendre leur spectacle dans la rue, des rues d'ailleurs qui sont devenues piétonnes, grouillant de gens partout, de prospectus, d'affiches tapissées aux murs, de musique qui se mélangent et de costumes en tous genres. Cette année, il y a 1066 compagnies sur place... ça en fait du spectacle... Imaginez les comédiens qui arpentent chaque coin de rue pour rencontrer le public, présenter le spectacle, donner des tracts, donner envie... Tous les excès et les excentricités sont permis pour se démarquer dans le flot de spectacles existants...

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Pour le spectateur (pour moi en tous cas!), c'est l'été, il fait chaud, très chaud, la bonne chaleur du Sud, le temps se décale au rythme des spectacles, on mange entre deux, quelle que soit l'heure, on profite de la douceur de la nuit, on croise des amis, on boit des verres, on refait le monde et on découvre des spectacles, des spectacles pour tous les goûts, tout et n'importe quoi, de la comédie de boulevard au théâtre expérimental, il n'y a qu'à piocher! On découvre en tant que spectacteur. une expérience nouvelle: celle de voir plusieurs spectacles différents en une même journée. C'est très étonnant, on ne reçoit pas les choses de la même manière lorqu'on sort un soir au théâtre et lorsqu'on est à Avignon, tout est intensifié.

Je suis restée preque 3 jours, j'ai vu 8 spectacles très différents et je ressors enchantée de toute cette nourriture émotionnelle, intellectuelle et affective. Il y avait les pièces des copains, et puis celles que l'on m'a recommandées, celles dont j'avais vaguement entendu parler mais il y a eu aussi celles pour lesquelles je me suis laissée tenter sur place, au moment du tractage! (comme quoi ça marche... ceci dit ce n'était pas toujours les meilleurs pioches...)..

Autant d'univers variés m'a donné des tas d'envies et des tas d'idées, ça stimule, ça fait circuler l'énergie et ça laisse émerger les projets...

Dans le lot de tous ces spectacles, je n'ai passé qu'un seul mauvais moment. Une heure à attendre que ça passe. Mauvaise pioche, ça arrive.

Pour le reste, c'était plus ou moins intéressant, plus ou mons émouvant, mais c'était quand même de qualité. J'ai découvert avec plaisir la langue de Koltès ( Dans la solitude des champs de coton, avec Christophe Laparra et Frédéric de Goldfiem) et la plume acérée de Jules Renard (le pain de ménage, avec Giana Canova et Bruno Ladet), je me suis laissée bercer par des chansons aux textes résonnants (Gilles Roucaute) et parmi toutes ces pièces que j'ai vues, deux m'ont vraiment marquée. 

Celle de Pierre Richard, c'est une sorte de one-man show, des souvenirs de cinéma en quelque sorte, mais entre deux souvenirs, ce que j'ai préféré, c'est la vision de la vie de l'homme, sa manière de parler du temps qui passe et de son rapport aux autres. La gentillesse et la candeur qu'il dégage, l'humanité simplement, peu importe que les personnes qu'il ait cotoyé et qui l'aient marqué soient celèbres et connus de tous, son positionnement face aux autres, ses expériences de vie, tout ce qu'il a pioché dans ses rencontres me parlent directement. On ressort avec le sourire, les yeux qui brillent et on se sent débordants de bienveillance. 

Et puis j'ai gardé le meilleur pour la fin: un spectacle fantastique à ne râter sous aucun prétexte, ça s'appelle "album de famille".

Courrez-y, courrez-y tous, et si vous ne passez pas par Avignon, peut-être aurez-vous la chance qu'ils passent près de chez vous. Je ne connais pas la suite de leurs dates si suite il y a mais pourquoi tout le monde n'a pas la chance de partager une heure de sa vie avec ces comédiens-là? C'est terriblement injuste... :) Quel spectacle !

C'est drôle, c'est hilarant même, c'est touchant, émouvant, c'est sensible, synamique, déjanté, c'est renversant! C'est un spectacle parlé en chantant, un spectacle avec une énergie débordante. Il y a quatre comédiens sur scène et deux guitares. Le père, la mère, le fils et la fille (Philippe Gouin, Mariline Gourdon, Ruben et Camille Voitellier). Ca parle de la famille, de toutes les familles, celle qu'on a eu étant enfant, celle que l'on construit une fois adulte, ça parle de la vie, ca parle des blessures, ça parle du temps qui passe et du temps que l'on retient, ça parle de l'épuisement et du bonheur aussi parfois malgré tout à être ensemble. Ca donne envie de vivre, envie de savourer, envie de partager, envie de retrouver les siens. C'est un spectacle qui fait du bien! A conseiller d'urgence à toutes les mamans épuisées, à tous les ados paumés, à tous les papas dépassés, aux enfants aussi (il y en avait dans la salle), aux grands-parents... Tout le monde rit, tout le monde est touché, quel que soit l'âge, quel que soit le vécu. Ca parle d'eux sur scène, mais ça parle surtout de nous, ça résonne et ça fait du bien, ça libère les émotions par le rire, ça donne la distance nécessaire à un quotidien qui ne s'arrête jamais.

Enfin bref, moi, j'ai ri, j'ai ri à en pleurer et j'ai pleuré aussi, et même la chair de poule, j'avoue. J'ai chanté, j'ai fredonné, j'ai souri bêtement et tendrement, j'ai rêvé, j'ai pensé, j'ai reçu, j'ai reçu, j'ai reçu tout ce paquet d'énergie qu'ils nous envoient et j'ai emmagasiné tout ça pour que ça m'accompagne tout le reste de la journée. Et ça m'a accompagné! Alors j'avais envie que le monde entier aille voir cette pièce pour pouvoir partager un peu de ce bonheur-là qui ne me quittait pas. Voilà!

Un spectacle qui fait du bien, un spectacle d'une très grande qualité artistique, réglé comme du papier à musique. C'est bon comme un bonbon, c'est doux, c'est frais et c'est vivifiant... Courrez-y!! 

Voici la bande-annonce au fait, je n'arrive pas à l'insérer telle quelle, alors faut cliquer: http://www.youtube.com/watch?v=Vy3mJqpjCXs

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dimanche 12 août 2012

Lettre d'une inconnue, Stephan Zweig

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 Ce livre n'a bien sûr rien d'une nouveauté mais il fait partie de ceux qui vous marquent et continuent de vous accompagner toute une vie. Je l'ai découvert il y a 15 ans je pense. C'est très court (même pas 40 pages) et très dense.

Je suis allée voir la pièce de théâtre aux Mathurins l'année dernière et c'était magnifique de pouvoir entendre ce texte que je connais si bien. Ce sont des mots à murmurer, à dire, à entendre, à recevoir, à reprendre et répéter sans fin. Des mots à savourer. Au-delà du plaisir de les lire. 

J'aime ce texte comme on peut aimer une chanson ou une poésie, pour sa sonorité, pour son rythme, ses répétitions, ses envolées lyriques parfois.

J'aime l'histoire de cette femme, cet amour absolu. J'aime cette femme.

J'aime le silence de toute une vie, l'amour dans l'ombre, le trop qui ne pourra jamais se dire.

 Comment tenter d'écrire encore quand de telles lignes ont déjà été écrites ?...... 

Je place quelques extraits mais c'est la nouvelle entière qu'il faut lire, c'est un tout qui fait sens. Et chaque extrait devient plus bouleversant encore lorsqu'il est inclus dans la dynamique fatale de l'histoire.

"Je restais assise chez moi; pendant des heures, pendant des journées je ne faisais rien que penser à toi, y penser sans cesse, me remémorant toujours de nouveau les cent petits souvenirs que j'avais de toi, chaque rencontre et chaque attente, et toujours me représentant ces petits épisodes, comme au théâtre. Et c'est parce que j'ai évoqué ainsi d'innombrables fois chacune des secondes de mon passé que toute mon enfance est restée si brûlante dans ma mémoire, qu'aujourd'hui encore chaque minute de ces années-là revit en moi avec autant de chaleur et d'émotion que si c'était hier qu'elle eût fait tressaillir mon sang."

"Je me suis rendue compte plus tard - ah ! je m'en rendis compte bientôt - que ce regard rayonnant, ce regard exerçant autour de toi comme une aimantation, ce regard qui à la fois vous enveloppe et vous déshabille, ce regard du séducteur né, tu le prodigues à toute femme qui passe près de toi, à toute employée de magasin qui te vend quelque chose, à toute femme de chambre qui t'ouvre la porte; chez toi ce regard n'a rien de conscient, il n'y a en lui ni volonté, ni attachement; c'est que ta tendresse pour  les femmes, tout inconsciemment, donne un air doux et chaud à ton regard lorsqu'il se tourne vers elles. Mais moi, une enfant de treize ans, je n'avais pas idée de ce trait de caractère: je fus comme plongée dans un fleuve de feu."

"cette unique seconde suffit à faire une femme de l'adolescente que j'étais, et cette femme fut à toi pour toujours."

"J'étais toujours occupée de toi, toujours en attente et en mouvement; mais tu pouvais aussi peu t'en rendre compte que de la tension du ressort de la montre que tu portes dans ta poche et qui compte et mesure patiemment dans l'ombre tes heures et accompagne tes pas d'un battement de coeur imperceptible, alors que ton hâtif regard l'effleure à peine une seule fois parmi des millions de tic-tac toujours en éveil."

Posté par GeraldineRuellan à 11:41 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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