lundi 10 septembre 2012

Instants croqués : orage

Arriver au bout de ses ressources. S'entendre dire: "je n'en peux plus", "je n'y arrive plus", "c'est au-dessus de mes forces". Voire parfois:" au secours". Oui ça arrive parfois quand on ne voit plus d'issue, quand on se croit au pied du mur.

Devenir fragile et penser à toi. Comme une touche off dans le tumulte.

Ca vient tout naturellement. Ca accompagne n'importe où, ce n'est pas encombrant. Ca prend une minute. Cette image en plein devant les yeux.

Ca ralentit le coeur, ça apaise les noeuds dans le ventre, ça rend intouchable. Propulsé dans une forteresse imprenable. Ne plus être nulle part en danger. Où que l'on soit être sain et sauf.

Se rappeler un rire, un état d'esprit, un optimisme. Il y a des gens lumineux et bienveillants. Se laisser envelopper.

Traverser l'orage, garder le cap jusqu'à se retrouver. 

Calme, à nouveau.

 

 

 

 


vendredi 30 décembre 2011

Réunir

Elle courut à pleins poumons sur la route qui descendait jusque chez Olivier.

Comme toujours, comme autrefois. Il était déjà sur le petit mur, en train de fumer, de rigoler avec eux. Tous les amis d’hier.

Elle s'arrêta net pour les contempler. S'imprégner de ce bonheur-là. Unique, irréversible. C'était magnifique ce vécu, cette histoire.

Son histoire. Leur histoire. C'était grand l'enfance.

Constance était pleine de tout cela, à fleur de peau. 

Elle aimait les retenues de ses amis. Leurs maladresses. Elle aimait sentir le vent de leurs pensées. À force de se connaître. Au dedans du silence, un mouvement de l'âme. Tout ce qu'on ne se dit pas. Ces paroles avortées qui transpirent de chacun d’entre nous. Cet élan des uns vers les autres. Cet amour immense, qui ne parle jamais. Par pudeur peut-être.

Elle recevait tout cela, de plein fouet.

Il y eut les bras serrés autour de son corps. Les rires, les souvenirs qui débordent. Il y eut les voix, chaleureuses, les échanges bienveillants. 

Elle pouvait déposer les armes, elle était chez elle, à l'abri. Aimée, respectée, écoutée, entendue. Au milieu des siens. Sa richesse, son refuge, sa maison.

 

Le barbecue chauffait tranquillement, la lumière du jour se dépêchait de se noircir pour laisser la place aux étoiles. Le pastis était servi. Les verres tintaient, les guitares s’accordaient, la piscine s’illuminait dans le froid de la nuit tombée.

Il y avait ici les copains qu'elle revoyait régulièrement. Il y avait aussi ceux qui n’étaient pas revenus depuis des années. Avec les femmes, les maris et parfois même un petit bébé.      

Le temps sur eux passait aussi, ils devenaient parents chacun à leur tour, traversant les étapes de la maturité sans se perdre de vue, à portée de cœur. Une nouvelle page s’écrivait.

 

Le repas prit son temps. Apéritifs, salades, plâtrées de gnocchis, daubes, gâteaux roulés au chocolat. Les fous rires échangés, les blagues d’autrefois répétées, usées, recyclées. Avec délice.

Ils chahutaient, comme à leurs quinze ans. À renforts de sauts périlleux, de courses poursuites et de jeux idiots. Le concours de cerises avec Kamo. A celui qui enfournait le plus de fruits en même temps dans sa bouche. Preuve à l'appui grâce aux noyaux à recracher pour le décompte. Constance jubilait de cette insouciance retrouvée. Et la main d’Olivier sur son ventre rond comme une pastèque. Toujours aussi émerveillé de découvrir la vie en elle. Elle était fière de ces regards d'enfants sur son corps transformé.

Un bouchon explosa dans la quiétude de minuit. Les cris, les embrassades, les vœux échangés. Ils ressortirent les instruments, ravivèrent les braises, allumèrent les cigarettes.

Les discussions se tamisaient, calfeutrées, déliées. Intensément. Des heures durant. Avec le cœur qui bat, l’esprit qui s’enflamme. La vie, l’amour, l’intime. Les relations humaines. Et ce sentiment d’être en mouvement. Au bon endroit, au bon moment.

Et puis l'orage est tombé. Imprévisible, monstrueux, surréaliste. 

À quatre heures du matin, ils se sont endormis les uns contre les autre, les uns sur les autres. A l'ancienne. Éclairage à la bougie, le bruit de la pluie, les éclairs. Le bonheur. Absolu.

 

Bonne année à vous !

Posté par baptisteruellan à 13:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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