dimanche 21 avril 2013

Lettre à un enfant

Mon enfant.
Toi que j'aime d'un amour que je voudrais inconditionnel. Toi qui m'aimes de manière absolue, simplement parce que je suis ta mère. Si tu savais comme je t'ai mal aimé parfois. Comme je ne serai jamais à la hauteur de cet amour que tu me portes.

Si tu savais combien de choses moches.
Combien de fois c'est la petitesse qui a guidé mes pas. La colère, la vengeance, la jalousie, la méchanceté, le pouvoir, le jugement, les principes, la force. L'orgueil aussi et l'entêtement. Et pire, la voix des autres. Combien de fois je t'ai fait pleurer.

Combien de fois je t'ai blessé, je ne t'ai pas écouté, je t'ai coupé la parole, je ne t'ai pas cru. J'ai su mieux que toi, je t'ai rabaissé, je me suis moquée. Combien de fois j'ai serré ton bras un peu trop fort, je t'ai bousculé d'un geste d'humeur, je t'ai crié dessus, je me suis délestée contre toi plutôt que sur les personnes concernées de la colère accumulée.
Combien de fois je t'ai trahi, combien de fois j'ai pris le parti des autres contre le tien, combien de fois si j'ose être honnête je me suis servie de toi pour défendre mes propres intérêts, combien de fois j'ai camouflé ma gêne en condamnant tes réactions légitimes.
Combien de fois je t'ai fait peur, combien de fois je t'ai déçu.
Combien de fois j'ai clamé des discours admirables et me suis enveloppée de bassesse.

Combien de fois je n'ai rien voulu d'autre que gagner finalement. L'emporter sur toi et sur tes élans. Mon statut de mère m'a fait souvent basculer dans les pleins pouvoirs, dans la dictature.

Je ne suis qu'une enfant en face de toi pourtant. Une enfant blessée tapie derrière une adulte respectable.

Je t'ai blessé parfois et toujours tu as cru que c'était de ta faute.

Tu as cru je l'ai vu dans ton regard, tu as cru que c'était toi qui n'étais pas assez.
Pas assez bien, pas assez sage, pas assez gentil, pas assez aimable.

Tu as cru que c'était toi et je t'ai laissé le croire parfois, l'espace d'un instant.

Comme une vengeance, comme une punition. Une double peine à l'enfant que j'étais: "tu vois toi aussi sans doute tu n'étais pas assez."


jeudi 6 septembre 2012

Aimer peut-être

Avant je croyais qu'aimer c'était se confondre. Ne faire qu'un et en tirer l'énergie nécessaire pour vivre une vie à deux.

Comme si aimer suffisait.

Comme si aimer protégeait des autres, du monde, du désir. Comme si aimer était une fin en soi. Un but à atteindre. Un état originel.

Aujourd'hui je comprends qu'aimer c'est rester soi.
Adorer l'autre pour ce qu'il est. De maniere inconditionnelle. Pour cette liberté au fond de lui qui ne nous appartient pas mais qui nous fascine. Qui nous fait comprendre qu'aimer c'est être deux. Deux êtres distincts.

 

Tu me regardes et tu m'echappes.  

Tu m'aimes et tu en aimes d'autres, autrement.

Tu me serres dans tes bras et ton esprit reste un mystère.

Tu m'embrasses ou tu ne m'embrasses pas.

 

Tu me dis oui et aussi tu me dis non.

Tu m'aimes pour mes fêlures et tu m'emportes ailleurs.

Tu t'abandonnes à moi pour mieux te retrouver.

 

Tu me déshabilles si je t'autorise.

Tu comprends que mon corps n'est pas le tien, que mon esprit est ailleurs, que mes élans sont complexes.

Tu accueilles cette altérité et tu la préserves, tu la chéris parce qu'elle te ramène à la tienne.

Tu perçois mes troubles sans les accaparer. Tu sais qu'ils m'appartiennent. Tu les laisses venir jusqu'à toi, se dévoiler, se dévêtir.

 

Tu es là et tu n'es pas là.

Et dans ton absence, ton aura perdure en moi, m'enveloppe et m'accompagne.

Aimer c'est toujours un peu être. Peut-être.

 

 

Posté par GeraldineRuellan à 18:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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dimanche 22 avril 2012

Pensées emmêlées: Réfléchir

Déchiffrer. Confronter. Réinventer.

Le rapport au monde, le rapport aux autres. La Politique, l'Education, le hasard. Les choix, les obligations, les prises de décision.

Le Bien, le Mal.  Les relations humaines...

 

Comprendre les mécanismes de chacun. Ce qui est donné à voir et ce qui est caché. Les rouages secrets, le mouvement des pensées. 

Lever les incohérences, affiner sa pensée. 

Ne pas se complaire dans le formel, dans le convenu. Ne pas se contenter de ce qui se dit. Ce qui est transmis, ce qui est admis. Remettre en question.

Éprouver. Expérimenter. Entrer en communication.

Sans bavardages. Pousser l'Autre dans ses retranchements.

Atteindre son être profond. Aller avec lui là oú il ne va jamais et le laisser m'accompagner là où moi je ne vais jamais. Là où je ne peux aller seule. Là où je ne peux aller qu'avec toi, qu'avec d'autres. Dans ce qui m'échappe de moi, dans ce que je n'atteins jamais. Dans mon altérité.

 

Donner la main et me laisser emporter. Me laisser regarder, me laisser découvrir.

Laisser l'Autre me toucher. Au cœur de ce que je suis. Au plus intime. Repousser mes limites pour redéfinir mon propre contour. Mon mouvement intérieur.

Pour comprendre le Monde. Pour être en vie.

Pour comprendre l 'infiniment grand et l'infiniment petit. Relier la noirceur à la lumière. Le complexe à l'évidence.

Pour faire sens et rester cohérent.

Trouver son intégrité. 

 

 

Posté par GeraldineRuellan à 15:44 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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