dimanche 12 août 2012

Lettre d'une inconnue, Stephan Zweig

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 Ce livre n'a bien sûr rien d'une nouveauté mais il fait partie de ceux qui vous marquent et continuent de vous accompagner toute une vie. Je l'ai découvert il y a 15 ans je pense. C'est très court (même pas 40 pages) et très dense.

Je suis allée voir la pièce de théâtre aux Mathurins l'année dernière et c'était magnifique de pouvoir entendre ce texte que je connais si bien. Ce sont des mots à murmurer, à dire, à entendre, à recevoir, à reprendre et répéter sans fin. Des mots à savourer. Au-delà du plaisir de les lire. 

J'aime ce texte comme on peut aimer une chanson ou une poésie, pour sa sonorité, pour son rythme, ses répétitions, ses envolées lyriques parfois.

J'aime l'histoire de cette femme, cet amour absolu. J'aime cette femme.

J'aime le silence de toute une vie, l'amour dans l'ombre, le trop qui ne pourra jamais se dire.

 Comment tenter d'écrire encore quand de telles lignes ont déjà été écrites ?...... 

Je place quelques extraits mais c'est la nouvelle entière qu'il faut lire, c'est un tout qui fait sens. Et chaque extrait devient plus bouleversant encore lorsqu'il est inclus dans la dynamique fatale de l'histoire.

"Je restais assise chez moi; pendant des heures, pendant des journées je ne faisais rien que penser à toi, y penser sans cesse, me remémorant toujours de nouveau les cent petits souvenirs que j'avais de toi, chaque rencontre et chaque attente, et toujours me représentant ces petits épisodes, comme au théâtre. Et c'est parce que j'ai évoqué ainsi d'innombrables fois chacune des secondes de mon passé que toute mon enfance est restée si brûlante dans ma mémoire, qu'aujourd'hui encore chaque minute de ces années-là revit en moi avec autant de chaleur et d'émotion que si c'était hier qu'elle eût fait tressaillir mon sang."

"Je me suis rendue compte plus tard - ah ! je m'en rendis compte bientôt - que ce regard rayonnant, ce regard exerçant autour de toi comme une aimantation, ce regard qui à la fois vous enveloppe et vous déshabille, ce regard du séducteur né, tu le prodigues à toute femme qui passe près de toi, à toute employée de magasin qui te vend quelque chose, à toute femme de chambre qui t'ouvre la porte; chez toi ce regard n'a rien de conscient, il n'y a en lui ni volonté, ni attachement; c'est que ta tendresse pour  les femmes, tout inconsciemment, donne un air doux et chaud à ton regard lorsqu'il se tourne vers elles. Mais moi, une enfant de treize ans, je n'avais pas idée de ce trait de caractère: je fus comme plongée dans un fleuve de feu."

"cette unique seconde suffit à faire une femme de l'adolescente que j'étais, et cette femme fut à toi pour toujours."

"J'étais toujours occupée de toi, toujours en attente et en mouvement; mais tu pouvais aussi peu t'en rendre compte que de la tension du ressort de la montre que tu portes dans ta poche et qui compte et mesure patiemment dans l'ombre tes heures et accompagne tes pas d'un battement de coeur imperceptible, alors que ton hâtif regard l'effleure à peine une seule fois parmi des millions de tic-tac toujours en éveil."

Posté par GeraldineRuellan à 11:41 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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