jeudi 10 janvier 2013

Instants croqués: jeux d'enfants

Au fin fond de la campagne, une poignée d'enfants jouent à éteindre un feu au fond d'un champ voisin.

Il va falloir descendre le mur, il va falloir pénétrer dans la propriété inconnue et courir à découvert le long du mur jusqu'au tas d'herbes qui brûlent, jeter l'eau, en toute hâte et revenir, plus vite encore, se hisser, s'entraider, se faire la courte échelle, se tendre une main et s'enfuir, en riant, en gloussant, en trébuchant. S'enfuir avec ivresse, solidaires. Ils n'ont pas dix ans. Tout est là déjà, pourtant. L'interdit, l'aventure, le jeu, l'adrénaline.

Ils créent une épopée d'une banalité.

Deux braises et un reste de fumée deviennent un incendie; trois seaux et deux casseroles, un puits sans fond. Un muret à franchir et c'est une frontière, un océan, que sais-je encore, l'horizon! Ces deux cents mètres interdits sur lesquels ils vont devoir courir, sans se retourner, l'eau à la bouche, la casserole débordante sous le bras, c'est un terrain à découvert, c'est l'inconnu, c'est le paradis!

Deux d'entre eux se rencontrent pour la première fois.

Ces deux-là, ils ne savent pas encore. ils ne se doutent pas. Du feu qu'il y a en eux, entre eux. Ce feu qu'ils n'auront de cesse de vouloir étreindre. Toute une vie durant. Pour retrouver ce qui était déjà à leurs pieds. L'interdit, l'aventure, le jeu, l'adrénaline. Et s'embraser enfin.

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lundi 17 décembre 2012

Instants croqués: la maison bleue

Cette maison est ouverte. Les enfants y vont et y viennent. Les siens et ceux des autres. Les voisins, les cousins, les copains. Parfois ils restent, parfois ils ne font que toquer. Les portes s'ouvrent et se referment, laissant entrer les courants d'air.

Il aime être là, à côté. Il se sent à sa place.

Il les écoute parler, imiter ce qu'ils vivent ailleurs, toi tu serais le loup, et moi le petit cochon dans sa maison de brique. Non, j'aime pas les loups. Bon d'accord, toi tu serais le loup princesse Jasmine et moi le petit cochon Poucelina, tu serais ma grande soeur et moi je voudrais pas que tu me fasses peur alors je me cacherais dans ma maison de briques. Il les écoute s'ennuyer parfois, crier souvent mais rire tout de suite après, se disputer à tout jamais et puis se réconcilier. Il regarde les âges s'emmêler, les genres se rencontrer, les liens se nouer et se dénouer. Le théâtre de la vie, déjà. Il aime les portes entrouvertes sur les chambres jonchées de jouets et deviner au milieu trois enfants agenouillés qui ont oublié le monde alentour pour s'embarquer dans une nouvelle histoire. Il aime entendre le bruit des pas qui se courent après, les portes qui claquent et les gloussements de baleines. Parfois les pas viennent jusqu'à lui les yeux plein de larmes s'étant rappelés qu'il était là tout près. Alors il reçoit le trop plein qui déborde, les peurs, les injustices, les blessures et les colères incontrôlables jusqu'à ce que les pas soient prêts à s'en retourner.

Il aime être ce témoin bienveillant. A sa place, juste à côté. Permettre à la vie d'être ce qu'elle est. N'être rien de plus qu'un point d'ancrage.

Il ne sait pas ce qui leur en restera et peu lui importe. Il sait que c'est ici qu'il est bien.