mardi 26 février 2013

Instants croqués: la maison sous la maison

On construirait un tunnel sous la terre qui irait de ma chambre à la tienne. Avec une trappe à la place du carrelage, sous le lit exactement. On se rejoindrait autant qu'on en a besoin, autant qu'on en a envie surtout, le jour, la nuit, à l'heure du repas, à l'heure du bain, à l'heure des devoirs, à l'heure où ce n'est pas possible, à l'heure où ce n'est pas raisonnable, à l'heure où ce n'est plus l'heure. On irait de l'un jusqu'à l'autre et puis après, si on veut, on irait n'importe où. Notre tunnel pourrait bien se poursuivre sous la ville, sous les champs, sous l'océan. On pourrait parcourir le monde entier ou rester tout près, ce serait la même chose. Et puis on reviendrait.

Personne ne se douterait de rien.

Notre monde serait souterrain, un monde caché où tu serais la seule à savoir me rejoindre. Un monde à inventer. Avec autant de galeries que de chemins possibles, avec des petites bougies partout pour ne plus avoir peur, avec nos livres, nos jouets, nos musiques, nos souvenirs et nos projets. Avec des couettes et des oreillers, et pourquoi pas une cheminée.

Un monde extraordinaire dont personne ne se doute. Juste là, en dessous. On pourrait même l'oublier pendant des années. Il resterait à sa place, immuable, n'attendant que nous pour prendre vie à nouveau.

C'est la seule chose nécessaire. Une maison sous la maison.

Un espace secret et infini, que l'on remodèle à loisir, un refuge où l'on se cache et d'où l'on s'évade aussi.


jeudi 6 décembre 2012

Instants Croqués: le pique-nique

Faire cuire des pâtes, sortir une tranche de jambon. Y ajouter un morceau de fromage et une clémentine. Remplir la carafe d'eau. Un déjeuner comme un autre. Mettre la table et crier: "à taaaaaaaaable!".

Oh, une petite fille était déjà juste là, derrière moi. "Dis maman, on pique-nique comme une autre fois?"

S'entendre répondre "non". Par reflexe, par flemme, par programmation figée. Chercher des raisons bidons: pas aujourd'hui, demain. Pas le temps, il faut se dépêcher pour l'école. Une prochaine fois, j'ai déjà tout préparé... Non, il faut, on doit.

S'arrêter.

Lâcher prise. Se laisser faire, se laisser aller, se laisser emporter par l'enfance. Saisir le jeu. Revenir sur sa décision: "Ok pour le pique-nique. Tu sais où on va?". Ressentir une petite excitation, comme une pointe d'adrénaline qui se diffuse tranquillement et nous rappelle qu'on est vivant. Bousculer le programme, sortir un plateau, entasser les assiettes et les verres, partir à l'aventure. S'étaler par terre au milieu des jouets dans la chambre des enfants. Pique-niquer tous ensemble. Ouvrir les portes de l'imaginaire.

Rien de plus. Rien de moins.  

C'est extra ordinaire...

Posté par GeraldineRuellan à 22:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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