mardi 26 mars 2013

Instants croqués: les mots d'amour

Lorsque Plume écrit des mots d'amour, c’est d'abord par nécessité. En donnant un peu d’elle, elle se sent plus légère. Elle aime s’envoler, Plume et l’encre coule d’elle-même. Les mots étaient devenus si grands, elle ne peut plus rien faire d’autre que les partager. Des mots si mûrs qu’ils se laissent cueillir sans résister, alors vite elle s’en détache avant d'être engloutie. 

Et puis, elle aime se laisser lire, Plume, provoquer un sourire, un doute, une émotion, faire irruption dans une vie. Ouvrir une porte, ça la délivre. Elle aime tisser le lien, elle aime rejoindre ceux qu’elle a quittés. C’est comme un fil invisible, c’est comme un secret. Un instant volé à deux quotidiens décalés.

Elle les donne pour rien, ses mots, ils partent en un clic, c’est compulsif. Elle les envoie pour rien, pourtant, elle se retrouve à nu. Et l'instant suivant, elle perd pieds. 

Elle ne sait plus, elle regrette, elle craint le malentendu. Quelle idée absurde de donner ses mots. Des mots perdus qui ne lui appartiennent plus. Les voilà gravés, déposés, recueillis par d'autres, la voilà qui reste là comme un livre ouvert, c'est effrayant. C'est excitant aussi. Alors elle attend.

Elle qui n’attendait rien, c’est plus fort qu’elle, elle attend.
Parce qu'elle sait combien la réciprocité légitime, la réciprocité réconforte. Elle se voudrait plus forte mais elle n’y arrive jamais.

Parfois, la réponse ne vient jamais. Alors s'immisce le doute. La honte parfois, en tous cas les regrets. Dans le silence, elle imagine. Qu’elle est allée trop loin peut-être. Peut-être ses mots étaient-ils trop lourds? Peut-être a-t-elle donné de trop? Trop naïvement, trop spontanément. Dans le silence, elle imagine.

Qu’elle s’est trompée, qu’elle a tout faux, sur toute la ligne. Ses mots ne le toucheront jamais. Qu’est-ce qu’elle croyait ? Quelle idiote. Il a dû les lire entre d'autres lignes, plus urgentes, plus utiles, plus nécessaires à sa vie, il a dû les lire à la va-vite, pressé par le temps qui presse. Zapper. Et passer à autre chose. Comme on reçoit la liste des courses ou la facture du gaz. Dans le silence de toutes façons, elle imagine toujours le pire.

Peut-être l’a-t-elle perdu avec tous ses mots. Peut-être ne l'avait-elle surtout jamais vraiment atteint. Peut-être qu’il ne comprend rien à rien. Peut-être qu’il s’en fout, peut-être tout ça n’a-t-il pas d’importance pour lui, le dévoilement d’une personne à une autre. Ou bien, peut-être il n’en peut plus de ses messages. Peut-être il ne sait plus quoi en faire, il est encombré par tant d’amour. Peut-être il pense à elle en soupirant, mal à l’aise. Peut-être, peut-être...

Dans le silence, il n'y a qu'une certitude : Je me suis trompée.
Je n'aurais pas dû. Je suis nulle, je suis trop, je suis trop peu, je suis à côté.

Elle se revoit, elle a quatorze ans, elle est en haut des escaliers, au milieu de la cour devenue immense d’un collège de quartier. Elle descend les marches jusqu'à lui. Tous les regards semblent se braquer sur elle. C'est ce qu'elle se dit à ce moment-là. Ca et l'impression que les avions se sont arrêtés de voler, les oiseaux de siffler, le vent est tombé. Le silence est complet. Immobilisé. Tambourine dans sa poitrine le battement vif de son cœur. Et voilà que les mots s’articulent. Dis, tu veux sortir avec moi? Le bruit de ce cœur est si fort qu’il prend toute la place, il recouvre même le ricanement gêné de cet adolescent niais qui se tient debout en face d’elle et lui dit non. Mais on reste amis?

La réponse est là au moins, c’est une réponse franche, une réponse qui dit non, ton amour je n'en veux pas, je n'en veux pas comme ça. La douche froide qui remet les idées en place. C'est douloureux mais c'est ainsi. On ne peut pas entrer chez l'autre sans son accord. Pourtant peu de gens ont le courage de dire non.

La plupart du temps, la réponse est un entre deux. C’est le pire à redouter. C’est déjà trop tard, c’est inutile, le charme est rompu. C’était juste une erreur, un malentendu. Il n'y a rien à ajouter. La passion ne s'explique pas. L'élan d'une personne vers une autre. Soit on est sur la même longueur d'onde, soit on ne l’est pas.

A ce moment-là, les mots ne servent plus à rien... 


jeudi 10 janvier 2013

Instants croqués: jeux d'enfants

Au fin fond de la campagne, une poignée d'enfants jouent à éteindre un feu au fond d'un champ voisin.

Il va falloir descendre le mur, il va falloir pénétrer dans la propriété inconnue et courir à découvert le long du mur jusqu'au tas d'herbes qui brûlent, jeter l'eau, en toute hâte et revenir, plus vite encore, se hisser, s'entraider, se faire la courte échelle, se tendre une main et s'enfuir, en riant, en gloussant, en trébuchant. S'enfuir avec ivresse, solidaires. Ils n'ont pas dix ans. Tout est là déjà, pourtant. L'interdit, l'aventure, le jeu, l'adrénaline.

Ils créent une épopée d'une banalité.

Deux braises et un reste de fumée deviennent un incendie; trois seaux et deux casseroles, un puits sans fond. Un muret à franchir et c'est une frontière, un océan, que sais-je encore, l'horizon! Ces deux cents mètres interdits sur lesquels ils vont devoir courir, sans se retourner, l'eau à la bouche, la casserole débordante sous le bras, c'est un terrain à découvert, c'est l'inconnu, c'est le paradis!

Deux d'entre eux se rencontrent pour la première fois.

Ces deux-là, ils ne savent pas encore. ils ne se doutent pas. Du feu qu'il y a en eux, entre eux. Ce feu qu'ils n'auront de cesse de vouloir étreindre. Toute une vie durant. Pour retrouver ce qui était déjà à leurs pieds. L'interdit, l'aventure, le jeu, l'adrénaline. Et s'embraser enfin.

Posté par GeraldineRuellan à 10:20 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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