mercredi 24 février 2016

S'il suffisait d'être grand

 

 

"1.T'as 6 ans et Elle aussi
Il est midi et c'est fini
Elle doit rentrer, tu dois ranger
C'est plus l'heure, faut se quitter

Et c'est comme ça !
La vie c'est ça, c'est pas la fête
Il faut des bornes, il faut des règles
Et c'est comme ça !

Mais quand la nuit arrive
Je sais que tu déplaces ton lit
Tu pousses les meubles, les habitudes
Pour surmonter ta solitude

Et tu t'inventes un tunnel
Que tu creuserais de ta chambre à la sienne
Avec une trappe et une échelle
A coups de pioche, à coups de pelle

Tu la retrouverais enfin
Autant que t'en as besoin
A l'heure des d'voirs, à l'heure des cris
A l'heure où je te l'interdis.

2. J'ai 30 ans et Lui aussi
Il est 20H, je veux m'enfuir
Je dois rentrer faire à manger
C'est déjà l'heure, faut s'acquitter

Et c'est comme ça !
La vie c'est ça, c'est pas la fête
Il faut des gosses, il faut des mères
Et c'est comme ça !

Mais quand la nuit arrive
J'me mets à tourner dans mon lit
J'refais l'histoire par habitude
Pour meubler ma solitude

Et je repense à ce tunnel
Imaginé de ma chambre à la sienne
Je r'vois la pioche, je r'vois la pelle
Et le trou laissé dans la terre.

Alors je réalise enfin
Combien j'en ai encore besoin...
C'est un refuge où l'on se cache
Un ailleurs où l'on s'évade.

Comme quand j'étais gamine
J'creusais chez ma voisine
J'pensais qu'il suffisait d'être grand
Pour faire tout c'qu'on veut tout le temps...

3. J'ai plus 6 ans et j'ai compris
Que nos ailleurs étaient ici.
Pas b'soin de pioche, pas b'soin de pelle
Les tunnels sont dans nos têtes

Et c'est comme ça !
Y a les "il faut", y a les "tu dois"
Mais quand la vie nous pèse
On peut faire pause... Et disparaître

Je creuse dès qu'j'en ai envie
Plus besoin de déplacer mon lit
Juste une bougie pour la lumière
Et je descends par mon échelle

Toutes ces galeries en nous qui sommeillent
Sont les chemins de nos manques à nos rêves
C'est une maison sous nos maisons
Un notre monde sous votre monde

Cet univers souterrain
Ce vieux souvenir de gamin
C'est un lieu secret à préserver
Une trappe dans la réalité. "

 

compo paroles et musique @Nine de rien

(musique avec l'aide de Florent Belle)

Posté par GeraldineBlanc à 13:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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mardi 26 février 2013

Instants croqués: la maison sous la maison

On construirait un tunnel sous la terre qui irait de ma chambre à la tienne. Avec une trappe à la place du carrelage, sous le lit exactement. On se rejoindrait autant qu'on en a besoin, autant qu'on en a envie surtout, le jour, la nuit, à l'heure du repas, à l'heure du bain, à l'heure des devoirs, à l'heure où ce n'est pas possible, à l'heure où ce n'est pas raisonnable, à l'heure où ce n'est plus l'heure. On irait de l'un jusqu'à l'autre et puis après, si on veut, on irait n'importe où. Notre tunnel pourrait bien se poursuivre sous la ville, sous les champs, sous l'océan. On pourrait parcourir le monde entier ou rester tout près, ce serait la même chose. Et puis on reviendrait.

Personne ne se douterait de rien.

Notre monde serait souterrain, un monde caché où tu serais la seule à savoir me rejoindre. Un monde à inventer. Avec autant de galeries que de chemins possibles, avec des petites bougies partout pour ne plus avoir peur, avec nos livres, nos jouets, nos musiques, nos souvenirs et nos projets. Avec des couettes et des oreillers, et pourquoi pas une cheminée.

Un monde extraordinaire dont personne ne se doute. Juste là, en dessous. On pourrait même l'oublier pendant des années. Il resterait à sa place, immuable, n'attendant que nous pour prendre vie à nouveau.

C'est la seule chose nécessaire. Une maison sous la maison.

Un espace secret et infini, que l'on remodèle à loisir, un refuge où l'on se cache et d'où l'on s'évade aussi.

jeudi 6 décembre 2012

Instants Croqués: le pique-nique

Faire cuire des pâtes, sortir une tranche de jambon. Y ajouter un morceau de fromage et une clémentine. Remplir la carafe d'eau. Un déjeuner comme un autre. Mettre la table et crier: "à taaaaaaaaable!".

Oh, une petite fille était déjà juste là, derrière moi. "Dis maman, on pique-nique comme une autre fois?"

S'entendre répondre "non". Par reflexe, par flemme, par programmation figée. Chercher des raisons bidons: pas aujourd'hui, demain. Pas le temps, il faut se dépêcher pour l'école. Une prochaine fois, j'ai déjà tout préparé... Non, il faut, on doit.

S'arrêter.

Lâcher prise. Se laisser faire, se laisser aller, se laisser emporter par l'enfance. Saisir le jeu. Revenir sur sa décision: "Ok pour le pique-nique. Tu sais où on va?". Ressentir une petite excitation, comme une pointe d'adrénaline qui se diffuse tranquillement et nous rappelle qu'on est vivant. Bousculer le programme, sortir un plateau, entasser les assiettes et les verres, partir à l'aventure. S'étaler par terre au milieu des jouets dans la chambre des enfants. Pique-niquer tous ensemble. Ouvrir les portes de l'imaginaire.

Rien de plus. Rien de moins.  

C'est extra ordinaire...

Posté par GeraldineRuellan à 22:14 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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mercredi 7 mars 2012

Grandir

Nous chuchotions dans la nuit.

Je retrouvais une odeur d'enfance. Unique. Notre odeur d'enfance.

Je retrouvais tes pieds qui bougeaient dans le lit.

 

Avec certitude découvrir que c'est aussi important pour moi que pour toi. Avant de savoir me laisser aller.

Avec certitude entendre nos coeurs qui vibrent, l'émotion fragile.

L'instant est inestimable. Chacun le veut unique. On repousse les heures, la nuit, le temps. On parle, on se marre. Pour un rien, dans le noir, les yeux grands ouverts. On retarde le retour au quotidien. Moment de grâce suspendu.

 

Revoir mes soeurs d'enfance. Retrouver en elles cette part de moi-même que j'y ai déposé. Au fil des années.

Y retourner comme on retourne vers son pays natal. Empli de notre histoire.

 

Etre adulte:

Ne plus serrer les autres dans ses bras de tout son coeur.

Ne plus courir pour se déplacer dans sa maison.

Ne plus crier, ne plus pleurer, de tout son corps, pour évacuer.

Ne plus rire pour un rien, toutes les cinq minutes, comme une baleine .

Ne plus dormir les uns sur les autres, les uns contre les autres (mmmhh quoi que, en famille nombreuse on retrouve ce bonheur-là facilement :)

Ne plus chuchoter en pouffant des secrets évidents. 

Ne plus s'insurger à la moindre injustice, de toute sa conviction.

 

 

 

 

Posté par GeraldineRuellan à 09:23 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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