vendredi 22 mars 2013

Instants croqués: à dos de chameau

 

Un ami est passé par ici. Un de ceux qui ne font que passer et puis s'en vont leur chemin. Un aventurier, une âme nomade. J'aime marcher à ses côtés, mes pas dans la trace des siens, soufflés par le vent, marcher à ses côtés même de loin, distants de milliards de kilomètres mais retenus par un fil. Le fil d'une tendresse, un reste d'enfance.

Libres de grandir encore et heureux de se retrouver quelques fois.

On se laisse aller en terrain familier, on se laisse bercer. Il fait parti des gens avec qui il fait bon parler. Ces gens qui ont la juste dose d'utopie et le courage de la mettre en pratique. Ces gens qui ont le don de nous ramener à l'essentiel, au fond de nous-même. Y déposer une petite lumière pour ne plus se perdre. La petite étincelle. Balayer le superflu.

 

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lundi 17 décembre 2012

Instants croqués: la maison bleue

Cette maison est ouverte. Les enfants y vont et y viennent. Les siens et ceux des autres. Les voisins, les cousins, les copains. Parfois ils restent, parfois ils ne font que toquer. Les portes s'ouvrent et se referment, laissant entrer les courants d'air.

Il aime être là, à côté. Il se sent à sa place.

Il les écoute parler, imiter ce qu'ils vivent ailleurs, toi tu serais le loup, et moi le petit cochon dans sa maison de brique. Non, j'aime pas les loups. Bon d'accord, toi tu serais le loup princesse Jasmine et moi le petit cochon Poucelina, tu serais ma grande soeur et moi je voudrais pas que tu me fasses peur alors je me cacherais dans ma maison de briques. Il les écoute s'ennuyer parfois, crier souvent mais rire tout de suite après, se disputer à tout jamais et puis se réconcilier. Il regarde les âges s'emmêler, les genres se rencontrer, les liens se nouer et se dénouer. Le théâtre de la vie, déjà. Il aime les portes entrouvertes sur les chambres jonchées de jouets et deviner au milieu trois enfants agenouillés qui ont oublié le monde alentour pour s'embarquer dans une nouvelle histoire. Il aime entendre le bruit des pas qui se courent après, les portes qui claquent et les gloussements de baleines. Parfois les pas viennent jusqu'à lui les yeux plein de larmes s'étant rappelés qu'il était là tout près. Alors il reçoit le trop plein qui déborde, les peurs, les injustices, les blessures et les colères incontrôlables jusqu'à ce que les pas soient prêts à s'en retourner.

Il aime être ce témoin bienveillant. A sa place, juste à côté. Permettre à la vie d'être ce qu'elle est. N'être rien de plus qu'un point d'ancrage.

Il ne sait pas ce qui leur en restera et peu lui importe. Il sait que c'est ici qu'il est bien.

dimanche 7 octobre 2012

Katarina Mazetti

Je viens de finir la lecture de deux romans d'une auteure suédoise: Katarina Mazetti. C'est ma maman qui m'a offert le premier livre et c'est une belle découverte (d'ailleurs je trouve que le visage de la jeune fille sur la couverture ressemble au visage de ma mère au même âge). 

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"Entre Dieu et moi c'est fini", c'est une histoire d'amitié adolescente, entre la narratrice et sa copine Pia. C'est très court, ça se lit vite. L'auteur a un style bien à elle, vif, accrocheur. Elle écrit comme elle pense. C'est profond et puis c'est cru, c'est absurde aussi et sans détours, ça touche directement à notre intimité, c'est frais, c'est vif. Ca fait du bien et ça rend nostalgique aussi. Ca laisse remonter les souvenirs d'adolescence.

" Puis je me suis transformée en maniaque du calendrier. j'ai découvert un tas de jours liés à Pia. Son anniversaire, quelques fêtes et celui où elle aurait dû passer son bac. Le calendrier était plein de jours qu'elle avait laissé derrière elle".

"Il était clair qu'il fallait réagir d'une manière ou d'une autre, mais je refusais obstinément d'avoir affaire à un psy. non que je les sous-estime, mais je n'avais tout simplement pas envie d'être standardisée. Qu'est-ce qui me resterait sans mon grain de folie? "

 

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 "Le mec de la tombe d'à côté", c'est une histoire d'amour improbable entre une bibliothécaire veuve, citadine et intello et un fermier bientôt vieux garçon dont les parents sont décédés.

Ils se rencontrent au cimetière. Le roman est une succession de chapitres où chacun des deux prend la parole. Une fois la femme, une fois l'homme. (c'est la parité !)

Au début, c'est déconcertant de changer de personnage à chaque chapitre (je n'aime pas trop ça en général), mais sur la durée du livre, c'est ce qui rend le livre passionant: suivre l'évolution des sentiments de chacun dans le couple, leur point de vue différent sur chaque évènement partagé, la souffrance au même endroit, pour les mêmes raisons souvent et l'incapacité à céder du terrain sur ce que l'on est pour atteindre l'autre, la difficulté à accorder nos différences dans le couple. Céder ou faire céder, triste impasse.

La difficulté à accepter l'autre tel qu'il est, chercher à ce qu'il nous ressemble pour se sentir en confort. Préserver ce que l'on connaît, ce que l'on est: "là d'où l'on vient" en rejetant et tenant loin de nous "là d'où vient l'autre", son histoire, son monde, ce qu'il est.

Chacun reste accroché à sa citadelle plutôt que prendre le risque d'inventer ensemble un nouvel endroit, un foyer qui n'existe pas encore et qui ne ressemblera finalement ni à l'un ni à l'autre, mais aux deux mondes en même temps, à ce que chacun est et surtout à ce que chacun veut inventer.

C'est vraiment très fin comme histoire d'amour. C'est parce qu'ils sont si différents qu'ils s'aiment tant et pour cette même raison qu'ils ne peuvent pas s'aimer. 

Ils s'aiment et ils ne s'aiment pas. Ils s'entendent et ils ne s'entendent pas. Ils s'adorent et ne se supportent pas. Ils sont curieux de l'autre tout en gardant leur sens critique. 

Alors dans le livre c'est caricatural puisque chaque personnage vient d'un univers "cliché" qui s'oppose à l'univers de l'autre (le fermier robuste versus la petite bibliothécaire). Mais finalement, nous vivons ces mêmes dilemnes dans nos vies quelles que soient nos personnalités.

Se mettre en couple, c'est être avec un autre différent de nous. L'aimer et ne pas l'aimer en même temps pour tout ce qu'il nous renvoie de similaire à nous et d'incompatibilité. Parfois ça semble insurmontable. C'est parce qu'on est différents qu'on y arrivera jamais. Et parfois notre force se situe exactement au même endroit: c'est parce qu'on est différents qu'on s'apporte tant.

Et ça se joue sur un fil tout au long de la vie, non?

Moi, c'est ce qui m'a plu en tous cas, et puis comme dans le premier livre cité, j'ai retrouvé une belle et grande histoire d'amitié entre la narratrice et sa meilleure copine Märta. Des amitiés entières et évidentes comme je les aime. :)

Bonne lecture à vous! Et venez partager vos impressions...

" Je disais que nous devrions indiquer nos besoin réciproques et en définir les priorités pour pouvoir nous adapter l'un à l'autre, j'avais sans doute un discours de thérapeute familial déformé par le métier. Je voulais l'ammener à penser différemment. [...] Ainsi on aurait pu s'attendre à ce que nous nous mettions au boulot, pour arriver à cette fameuse adaptation et cet approfondissement. C'est le contraire qui s'est passé. Nous nous sommes enfouis chacun dans sa vie et nous n'avons pas cédé un pouce de terrain. C'est presque devenu un sport. Benny faisait à peu près tout pour paraître un gars simple de la campagne[...] et je suis devenue femme de Carrière avec Centres d'intérêts Culturels. Trois C, on aurait pu y ajouter deux autres pour Complètement Conne. Nous n'avons absolument pas essayé de jeter des passerelles au-dessus des ravins, nous avons cherché à nous y précipiter mutuellement. Peut-être espérions-nous tous les deux des miracles. "

"Certains disent qu'ils savent exactement le jour où ils sont devenus adultes."

"On va aussi bien ensemble que la merde et les pantalons verts, comme disait mon grand-père. Et je ne veux pas que ça s'arrête. A chaque jour suffit sa peine, je n'aurai qu'à apprendre à faire avec".

"Moi, j'ignore totalement si elle est belle ou laide, ça n'aucun intérêt, pourvu qu'elle reste comme elle est."

"Oui, c'est vrai, elle parlait beaucoup. [...]Et je trouvais que la plupart des trucs qu'elle disait étaient intéressants, ou marrants ou chouettes. Mais parfois je me demandais si il y avait une seule chose qu'elle pouvait vivre sans en parler en même temps.Apparemment c'était sa façon e s'approprier ce qu'elle vivait."

"Märta disait un jour avec un sourire en coin que les parents ne devraient pas être autorisés à avoir des enfants, parce qu'ils ne savent pas les apprécier."

"Märta était ma bouée de sauvetage, mon ancrage dans la vie. Elle pouvait surgir comme un ouragan dans ma salle de bains et agiter deux tickets de cinéma jusqu'à ce que je sorte de la baignoire, souffle les bougies du candélabre et vienne avec elle...."

 

lundi 27 août 2012

"Je bois de l'eau et je suis saoule", 4ème de couverture

Bonjour à tous,

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c'est une période chargée pour moi en ce moment. J-4 avant de rendre le manuscrit pour tenter ma chance au concours Gallimard jeunesse et J-7 avant mon retour à l'éducation nationale (ça c'est une autre histoire...).

Mon roman a bien avancé. J'ai fini !

J'en suis à la dernière des dernières relectures (là je prends sur moi pour ne plus tout bousculer encore). J'attaque une nouvelle étape: rédiger un résumé de l'histoire pour le joindre au roman. Une sorte de quatrième de couverture. Si vous avez envie d'y laisser des commentaires (en public ou en privé) n'hésitez pas. Ces quelques lignes sont très importantes. Ce sont les seules qui seront lues avec certitude. Elles doivent donner envie, attiser la curiosité ... Alors maintenant, vous imaginez que vous êtes à la Fnac et que vous cherchez quel livre acheter pour votre ado (ou pour vous même!). Vous parcourez les quatrièmes de couverture et vous tombez sur celle-ci. Vous en pensez quoi?

A vos commentaires!

PS: Merci de me suivre et à bientôt pour vous donner l'énigme de mon titre de roman en chansons.... :)

 

Je bois de l'eau et je suis saoule. Résumé du livre:

" Comment fait-on pour exprimer ses sentiments et ses désirs lorsqu'on n'a jamais appris ? Lorsqu'on a toujours cru qu'il fallait faire attention aux autres avant de prendre soin de soi ? Constance a quinze ans, un père charismatique, une mère malade et une bande de copains extraordinaires. Constance s'ennuie au lycée, elle rêve d'un ailleurs. Elle interprète le monde parce qu'elle ne le comprend pas. C'est sa façon à elle de grandir. 

Un jour, elle a la chance de vivre enfin sa propre histoire. Observer ne suffit plus, il faut se jeter à l'eau... "

mercredi 7 mars 2012

Grandir

Nous chuchotions dans la nuit.

Je retrouvais une odeur d'enfance. Unique. Notre odeur d'enfance.

Je retrouvais tes pieds qui bougeaient dans le lit.

 

Avec certitude découvrir que c'est aussi important pour moi que pour toi. Avant de savoir me laisser aller.

Avec certitude entendre nos coeurs qui vibrent, l'émotion fragile.

L'instant est inestimable. Chacun le veut unique. On repousse les heures, la nuit, le temps. On parle, on se marre. Pour un rien, dans le noir, les yeux grands ouverts. On retarde le retour au quotidien. Moment de grâce suspendu.

 

Revoir mes soeurs d'enfance. Retrouver en elles cette part de moi-même que j'y ai déposé. Au fil des années.

Y retourner comme on retourne vers son pays natal. Empli de notre histoire.

 

Etre adulte:

Ne plus serrer les autres dans ses bras de tout son coeur.

Ne plus courir pour se déplacer dans sa maison.

Ne plus crier, ne plus pleurer, de tout son corps, pour évacuer.

Ne plus rire pour un rien, toutes les cinq minutes, comme une baleine .

Ne plus dormir les uns sur les autres, les uns contre les autres (mmmhh quoi que, en famille nombreuse on retrouve ce bonheur-là facilement :)

Ne plus chuchoter en pouffant des secrets évidents. 

Ne plus s'insurger à la moindre injustice, de toute sa conviction.

 

 

 

 

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mardi 10 janvier 2012

Demander

Il y avait cette femme. Bénédicte. Et ce samedi-là à ses côtés avait pris son temps. Á parler puis à boire, à boire puis à fumer, et partager encore. Pour aller au plus près de l’autre. Débats passionnés, échanges sincères. S’emporter et se laisser aller. Baisser les armes.

Il y avait eu ces impressions, ce ressenti. Ces regards portés, insistants, cette voix plus douce, ce ton propice à l’intimité.

L’avait-elle réellement frôlé ou bien était-elle simplement passée un peu trop près ? Par inattention ou par familiarité.

Il ne l’avait pourtant pas rêvée cette proximité.

Un désir, un jeu de séduction. Sur un fil, difficilement discernable.

Et depuis, comme une distance entre eux deux. Comme une gêne qui se serait insinuée à ce dernier rendez-vous.

 

Mais non, ce n’était pas possible, il n’y avait rien eu de tout cela. Il divaguait, il s’égarait. Le téléphone entre les mains, il ne lui manquait plus que l'audace pour en avoir le coeur net.

Provoquer une réalité. Crever l’abcès. Sortir du peut-être.

 

Thomas ne sait pas parler.

Il sait parler bien sûr. Mais il ne sait pas se dire avec exactitude.

Avouer ce qui lui plait, ce qu’il veut vraiment, sincèrement, profondément. Confronter ses rêves à la réalité des autres.

 

Et par-dessus tout, il ne sait pas demander. Que ce soit important ou anodin. Que ce soit vis-à-vis de sa femme, son voisin, son chef, sa collègue, ses amis, la caissière ou le serveur de la brasserie du coin.

Que les gens comptent ou qu’ils lui soient étrangers, il ne sait pas demander. « Est-ce que je peux vous envoyer le lien de mon blog ? […] Est-ce que vous pouvez plier mes chemises plutôt que les poser sur cintre ? […] Est-ce que les messages que je t’envoie te touchent ou est-ce qu’ils te gonflent ? […] Est-ce que ma fille pourrait récupérer la corde à sauter que vous lui avez confisquée la semaine dernière?»... « Est-ce que je te plais ? »

Demander est pour lui comme douter de la personne en face, peut-être lui manquer de respect ou la remettre en question. Et puis le silence a l’avantage de laisser toutes les portes ouvertes. Le champ des possibles à l’infini.

Alors que demander dissipe les malentendus. Simplement, spontanément.

 

Thomas n’est ni simple, ni spontané. L’esprit toujours prend le pas sur le reste, prend le contrôle pour censurer la parole. « Bénédicte, dis-moi… juste pour savoir à quoi s’en tenir… y a-t-il de la séduction entre nous ? »

 

Il aurait été tellement plus simple d’en parler sur le moment. La phrase avait tourné dans sa tête pourtant. Cette vieille phrase qu’il connaissait bien pour ne l’avoir jamais prononcée à voix haute. C’était une vieille histoire. Et son cœur palpitait.

Est-ce que tu ressens l’intensité de mon regard sur toi ? Est-ce que tu remarques mon attitude troublée ? Est-ce que c’est ok pour toi cette promiscuité-là ? Mon corps qui te frôle parfois et mon cœur qui bat un peu trop vite ?

Saurais-tu me dire non si je t’importunais ? Me dire je t’aime bien mais ce n’est pas ça que je cherche, ce n’est pas ça qui nous relie. Ton attitude me gêne parfois. Il n’y a pas d’ambigüité entre nous. Jamais. Il n’y en a jamais eu. Je t’aime beaucoup. Restons amis. Saurais-tu me dire cela ?

Me l’as-tu dit déjà et je n’aurais pas su t’entendre ?

 

En avoir le cœur net. Faire la part des choses. Distinguer le fantasme de la réalité.

Dans la réalité, ses mains à lui s’étaient attardées, un peu plus que d’habitude, au détour d’une cigarette allumée ou d’un verre à remplir. Sans être tout à fait sûres d’elles-mêmes. Et puis la culpabilité. La honte aussi. Et le besoin de refouler et de calmer un peu le chaos intérieur.

 

Entre eux avec certitude depuis toujours une immense affection. Il y avait toujours eu l’admiration, le respect, la tendresse.

Mais y avait-il eu aussi le désir ? Qui serait venu s’immiscer.

Y avait-il toujours eu le désir ? À demi-mots.

 

Thomas savait dans son corps malgré lui le trouble, l’excitation. L’amitié se confond-elle parfois, se confond-elle toujours ?

Ce désir était-il en lui, ou lui était-il suggéré par son attitude à elle. Une faiblesse à son égard.

 

Il fallait en parler. Il fallait qu’il sache une fois pour toutes.

Oui mais qu’il sache pour faire quoi, pour aller où ?

 

Est-ce que ça change quelque chose, est-ce que ça change tout ?

 

« Oui, c’est vrai, tu as vu juste, mon regard était plus insistant que d’habitude, mes mains s’attardaient de trop, mes mots te caressaient. Oui, il y avait une hésitation, un désir évident de l’un jusqu’à l’autre. »

 

Et après ?

Qu’est-ce que ça change ? Qu’est-ce que ça fait ?

 

Ça ne change rien. Ça ne fait rien.

Ça va mieux en le disant ou bien justement ça n’existe que parce que c'est tu, parce que c'est suggéré. Maladroitement. On le sait, on le sent, on le provoque, on l’entretient, mais ça ne va pas plus loin.

 

Je te désire. Tu me désires et c’est ainsi. Ainsi que nous fonctionnons. Ainsi que nous nous aimons. Dans le silence de cette attirance contenue.

 

C’est bizarre quand même. Peut-être je me trompe. Peut-être je me prends trop au sérieux. Peut-être je joue tout seul.

Et peut-être pas.

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vendredi 30 décembre 2011

Réunir

Elle courut à pleins poumons sur la route qui descendait jusque chez Olivier.

Comme toujours, comme autrefois. Il était déjà sur le petit mur, en train de fumer, de rigoler avec eux. Tous les amis d’hier.

Elle s'arrêta net pour les contempler. S'imprégner de ce bonheur-là. Unique, irréversible. C'était magnifique ce vécu, cette histoire.

Son histoire. Leur histoire. C'était grand l'enfance.

Constance était pleine de tout cela, à fleur de peau. 

Elle aimait les retenues de ses amis. Leurs maladresses. Elle aimait sentir le vent de leurs pensées. À force de se connaître. Au dedans du silence, un mouvement de l'âme. Tout ce qu'on ne se dit pas. Ces paroles avortées qui transpirent de chacun d’entre nous. Cet élan des uns vers les autres. Cet amour immense, qui ne parle jamais. Par pudeur peut-être.

Elle recevait tout cela, de plein fouet.

Il y eut les bras serrés autour de son corps. Les rires, les souvenirs qui débordent. Il y eut les voix, chaleureuses, les échanges bienveillants. 

Elle pouvait déposer les armes, elle était chez elle, à l'abri. Aimée, respectée, écoutée, entendue. Au milieu des siens. Sa richesse, son refuge, sa maison.

 

Le barbecue chauffait tranquillement, la lumière du jour se dépêchait de se noircir pour laisser la place aux étoiles. Le pastis était servi. Les verres tintaient, les guitares s’accordaient, la piscine s’illuminait dans le froid de la nuit tombée.

Il y avait ici les copains qu'elle revoyait régulièrement. Il y avait aussi ceux qui n’étaient pas revenus depuis des années. Avec les femmes, les maris et parfois même un petit bébé.      

Le temps sur eux passait aussi, ils devenaient parents chacun à leur tour, traversant les étapes de la maturité sans se perdre de vue, à portée de cœur. Une nouvelle page s’écrivait.

 

Le repas prit son temps. Apéritifs, salades, plâtrées de gnocchis, daubes, gâteaux roulés au chocolat. Les fous rires échangés, les blagues d’autrefois répétées, usées, recyclées. Avec délice.

Ils chahutaient, comme à leurs quinze ans. À renforts de sauts périlleux, de courses poursuites et de jeux idiots. Le concours de cerises avec Kamo. A celui qui enfournait le plus de fruits en même temps dans sa bouche. Preuve à l'appui grâce aux noyaux à recracher pour le décompte. Constance jubilait de cette insouciance retrouvée. Et la main d’Olivier sur son ventre rond comme une pastèque. Toujours aussi émerveillé de découvrir la vie en elle. Elle était fière de ces regards d'enfants sur son corps transformé.

Un bouchon explosa dans la quiétude de minuit. Les cris, les embrassades, les vœux échangés. Ils ressortirent les instruments, ravivèrent les braises, allumèrent les cigarettes.

Les discussions se tamisaient, calfeutrées, déliées. Intensément. Des heures durant. Avec le cœur qui bat, l’esprit qui s’enflamme. La vie, l’amour, l’intime. Les relations humaines. Et ce sentiment d’être en mouvement. Au bon endroit, au bon moment.

Et puis l'orage est tombé. Imprévisible, monstrueux, surréaliste. 

À quatre heures du matin, ils se sont endormis les uns contre les autre, les uns sur les autres. A l'ancienne. Éclairage à la bougie, le bruit de la pluie, les éclairs. Le bonheur. Absolu.

 

Bonne année à vous !

Posté par baptisteruellan à 13:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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