vendredi 24 mai 2013

Pensées emmêlées: un arbre

Hier j'étais forte, aujourd'hui plus rien. Clouée sous ma couette. 

Hier j'étais libre et je me suis enchaînée toute seule au premier arbre qui passe. Un arbre qui parle, qui parle, et qui ne sait pas s'arrêter, à ce qu'il disait. 

Sauf que lorsqu'il s'arrête puisque tout s'arrête un jour, il ne reste que le silence. Un nouveau silence. Ou plutôt un vieux silence bien connu qui vient refaire surface. Un silence d'absence, un silence de manque, un silence qui plombe, qui pompe l'énergie. Un silence qui crie encore, encore, pourquoi plus, pourquoi toi? Pourquoi toi d'un coup et puis plus toi? Tout reste.


Le silence, les odeurs, la mémoire. Tout reste, il ne manque que toi.

 

 

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vendredi 7 décembre 2012

Instants Croqués: La marelle

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           CIEL

 

   Il neige... 

 

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jeudi 15 décembre 2011

Rémusat, Barbara

Qu'ils s'appellent François, qu'ils s'appellent Elise, Bernard, Noé ou Joséphine; qu'ils aient manqué à notre enfance ou bouleversé nos chemins d'adultes, nous avons tous quelqu'un quelque part. 

Quelqu'un qui nous tient, quelqu'un qui nous manque. Nous reliant à un au-delà, un ailleurs quel qu'il soit - ou ne soit pas -.

Quelqu'un qui nous rappelle l'absurdité de la vie. Sa fragilité, sa fulgurance, et nous ramène à l'essentiel. Sans tricherie, sans faux-semblant. Au plus près de nous -même.

Les mots de Barbara étaient pour sa mère avec qui elle vivait rue de Rémusat. Que chacun puisse les faire résonner pour ses chers disparus...



rémusat par gwenruellan

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lundi 12 décembre 2011

Manquer

Aucune nouvelle. Constance attendait. Elle y croyait, elle y croyait sincèrement. Chaque matin, la même conviction jusqu'à la boite aux lettres. Et toujours rien. Une seule personne ne lui écrivait jamais.

Il était parti trois mois auparavant. Pour deux années entières, au bout du monde. La douleur vive des débuts avait commencé à s'assourdir, cédant la place à l'attente incertaine et lancinante. Que faisait-il en ce moment ? Il était à peine dix-huit heures là-bas. Constance n'oubliait jamais le décalage horaire. Retrancher six heures pour le rêver au présent, par-delà l'Atlantique.

Elle aimait par-dessus tout le petit matin, pour partager les dernières étoiles. Elle se levait avec lui, elle mangeait, elle goûtait, elle dînait avec lui. Chaque seconde de chaque journée écoulée.

Elle fumait avec lui, elle lui parlait tout bas. Somnolente, assise au fond du bus, la tête posée contre la vitre, le walkman contre son cœur, il accompagnait les toutes premières pensées. Et elle étudiait avec lui, elle rêvait de lui, elle chantait pour lui, elle souriait jusqu'à lui. Elle pleurait loin de lui. Elle n’en pouvait plus d'attendre sa lettre. Aimer l’absent à ce point n'avait aucun sens. Ce n'était pas raisonnable.

Parfois brusquement les souvenirs la submergeaient. Parfois, le vide l'anesthésiait complètement. Elle devait se concentrer pour ramener les images à sa mémoire. Et les larmes à nouveau, ou le petit sourire, ou le cœur retourné, mais pas une fois l'indifférence. Hantée, chaque jour. Perpétuellement. Il l’emplissait. Une vitalité s'allumait à l'intérieur. Une croyance insensée et qui la dépassait.

Parfois aussi elle réalisait la distance, le silence, l'absurdité. Quelle idiote elle était. Elle ne le reverrait pas avant un an ou deux. Peut-être même ne le reverrait-elle jamais. Il n'y avait qu’elle pour conserver avec autant d'ardeur le souvenir de quelques soirées partagées. Tout cela ne signifiait plus rien ailleurs que dans sa mémoire. Alors qui imaginait-elle encore ? Un inconnu. Un musicien, à plus de huit mille kilomètres. Elle avait besoin de lui. Ou bien avait-elle besoin de l'amour qu’elle s’inventait pour lui ? Elle était dingue. Il lui manquait terriblement.

Et toujours rien. Une simple réponse, un signe de vie n'engageait en rien. Le doute s'immisçait, sournoisement. La crainte qu’il l’ait oubliée, qu'il se soit joué d'elle. Elle était si naÏve. Pourquoi était-il entré dans sa vie ainsi? Pourquoi avait-il pris toute la place. Elle n'avait rien demandé. Et voilà qu'elle se trouvait destabilisée. Le manque l'engourdissait. Elle ne comprenait pas ce silence qui la tuait à petits feux. Malgré elle. Malgré l'énergie utilisée pour enfin passer à autre chose. L'univers entier ne cessait de le rappeler à elle. Chaque chanson était imprégnée. Ce n'était plus possible. Il fallait arrêter. Elle allait abîmer ses souvenirs à les ressasser sans cesse. Comment les appeler « souvenirs » tant ils étaient présents au quotidien?

Une semaine magnifique, unique, hors du temps. Rien de plus. Il lui fallait la garder, la préserver au plus près de son cœur, à l'abri pour se réchauffer l'absence. En faire une force pour avancer. Reprendre confiance. Loin derrière elle les idées noires...

Mais voilà l’ennui qui s’installait, envahissant. Constance travaillait sans soif. Les jours qui passaient n’apportaient rien d'essentiel. De l'ivresse à la banalité. Noyée dans le passé. Elle s'y engouffrait, elle s'y réfugiait. 

Elle négligeait ses amis. Son corps était auprès d’eux mais elle était si loin. Ailleurs. Différente, en marge. Elle ne suivait plus leur rythme. Elle leur en voulait. De quoi ? De n'avoir pas changé. D'être toujours les mêmes alors qu'elle s'était transformée. 

Elle espérait que quelqu’un la prenne dans ses bras et fasse attention à elle. Pourquoi lui tout le temps ? Toujours? Pourquoi n'était-ce pas pareil avec les autres?

Pourrait-elle arrêter la comparaison un jour ? Elle n'y arrivait pas, elle ne croyait pas un instant que ce fut possible.

Allons il faut partir / N’emporter que son cœur / Et n’emporter que lui / Mais aller voir ailleurs… (Jaques Brel, Allons il faut partir.)

 

Six mois d’absence. Six mois de silence. Il n'était pas là et pourtant il était en elle. Elle l'imaginait sans jamais pouvoir l'atteindre. Parfois, elle réalisait le vide et elle était dévastée. Face au silence, face à l'éternité. Impuissante.

Comme si il était mort. L'incertitude en plus. L'espoir, l'obstination. En vain.

Quelle absurdité. Désirer l'absent. Sans répit.

Les semaines qui s'écoulaient achevaient de ternir la légèreté qui l'animait l’été dernier. Elle n'était ni triste ni heureuse. Elle s'éteignait. Consumée l’étincelle. Il était dur de passer à autre chose. Elle ne savait plus à quoi se raccrocher. Rien pour se motiver. Trop d'espérances, trop d'attentes vaines.

Ne plus parler à personne.

Constance était vidée. Incapable de rebondir, d’aller de l’avant, d’y croire encore.

Parfois revenait la nécessité d’être auprès de lui, maintenant. Le revoir, l'apercevoir. Le manque, le vide. C’était impossible autrement. Aucune lettre encore. Ça la rongeait. Avoir de ses nouvelles. Savoir, actualiser. Elle ne pouvait pas se résigner.

Mais que valait cette ardeur? Les mois passaient, la vie passait. Et sa jeunesse avec. Les souvenirs lui échappaient. Les images devenaient floue. Même dans ses rêves il ne venait plus.

Elle oubliait jusqu'aux traits de son visage, jusqu'à sa démarche. Le temps estompait tout.

Le ciel était noir ce soir-là, le vent froid et humide. Constance écoutait la musique à la porte du dehors. Une étoile brillait intensément juste en face. Elle feuilletait les quelques photos qu'il lui restait. Se pouvait-il qu’il puisse pressentir à quel point elle pensait à lui ? Est-ce que ça l'accompagnait parfois ?

Il a plu, tard dans la nuit. Au dehors, la tempête. Tonnerre. Éclairs. Constance était seule à l'intérieur. Elle venait de rentrer, trempée. Il n’y avait plus d'électricité. Le noir absolu. Elle marchait à tâtons jusque dans sa chambre pour trouver un briquet. La flamme sur la bougie et le calme est revenu, instantanément.

Son petit univers. Toute son histoire inscrite dans chaque recoin de cette pièce.

La grêle faisait un boucan d’enfer contre les vitres, contre les tuiles. Un instant, le silence de la nuit humide s'est imposé et puis l’orage est reparti de plus belle. Constance restait devant la cheminée, sur le carrelage rugueux, avec ses cinq chats. Elle replongeait des siècles en arrière. Elle adorait ça.

Et dans le vacarme de la nuit, sa mémoire s'est éclairée. Elle s’est souvenue. Les expressions, les gestes, les attitudes. Lui, dans les moindres détails. Avec précision.

Elle entendait son rire, elle entendait sa voix. Elle ressentait le frôlement de sa main sur son visage. La fraîcheur de ses joues contre les siennes écarlates. Et sa peau claire, et ses yeux sombres. C'était affreux, c'était sublime. Elle redevenait celle qu’elle avait été. Il lui revenait comme ça. Et elle était transportée.

Réveil difficile. Se détacher de cette impression de réalité.Pourquoi fallait-il qu’elle rêve si fort de lui la nuit dernière ? Elle recevait sa lettre. Encore et toujours. Happée par cette atmosphère pendant plusieurs jours. Engourdie. Comme s’ils s’étaient recroisés. Elle ne pourrait pas l’oublier. Besoin de temps, encore.

 Elle savait raisonnablement que rencontrer un autre, bien réel, serait salvateur. Son attachement extrême n'était sans doute plus qu'une nostalgie entretenue. Mais elle ne pouvait s’en défaire. Cette certitude. Le sentiment inébranlable d'avoir été vivante. Elle ne le maîtrisait pas, elle ne l'assumait pas.

Son premier amour. Irraisonné, irraisonnable, inexplicable et irrationnel.

Tout cela appelait le manque et lui collait à la peau. Aujourd'hui encore. Envie de l'entendre. Le savoir un peu plus près d’elle-même.

 * * *

Le bus avançait sur la route du littoral. C’était loin déjà mais c'était là. Là où tout avait commencé. La mer était lumineuse ce soir-là. D'un bleu profond, elle se détachait de tout le reste du paysage, le contraste était magnifique.

Il allait bientôt faire nuit. Le ciel était dégagé de nuages, seules une ou deux étoiles commençaient à briller. C’était joli. Constance avait le cœur tranquille. L'été arrivait. Tout restait gravé mais devenait moins encombrant. À sa place. Elle aimerait continuer comme ça. Moins tournée vers le passé, plus axée sur le présent.

Un présent simple et agréable. Reprendre goût aux autres. Au quotidien. Aller au-devant des rencontres. L'avenir lui tendait les bras. Avec ou sans nouvelles. Il était temps de tourner la page. Passer à autre chose. Tenter.

Posté par baptisteruellan à 10:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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