dimanche 7 octobre 2012

Katarina Mazetti

Je viens de finir la lecture de deux romans d'une auteure suédoise: Katarina Mazetti. C'est ma maman qui m'a offert le premier livre et c'est une belle découverte (d'ailleurs je trouve que le visage de la jeune fille sur la couverture ressemble au visage de ma mère au même âge). 

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"Entre Dieu et moi c'est fini", c'est une histoire d'amitié adolescente, entre la narratrice et sa copine Pia. C'est très court, ça se lit vite. L'auteur a un style bien à elle, vif, accrocheur. Elle écrit comme elle pense. C'est profond et puis c'est cru, c'est absurde aussi et sans détours, ça touche directement à notre intimité, c'est frais, c'est vif. Ca fait du bien et ça rend nostalgique aussi. Ca laisse remonter les souvenirs d'adolescence.

" Puis je me suis transformée en maniaque du calendrier. j'ai découvert un tas de jours liés à Pia. Son anniversaire, quelques fêtes et celui où elle aurait dû passer son bac. Le calendrier était plein de jours qu'elle avait laissé derrière elle".

"Il était clair qu'il fallait réagir d'une manière ou d'une autre, mais je refusais obstinément d'avoir affaire à un psy. non que je les sous-estime, mais je n'avais tout simplement pas envie d'être standardisée. Qu'est-ce qui me resterait sans mon grain de folie? "

 

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 "Le mec de la tombe d'à côté", c'est une histoire d'amour improbable entre une bibliothécaire veuve, citadine et intello et un fermier bientôt vieux garçon dont les parents sont décédés.

Ils se rencontrent au cimetière. Le roman est une succession de chapitres où chacun des deux prend la parole. Une fois la femme, une fois l'homme. (c'est la parité !)

Au début, c'est déconcertant de changer de personnage à chaque chapitre (je n'aime pas trop ça en général), mais sur la durée du livre, c'est ce qui rend le livre passionant: suivre l'évolution des sentiments de chacun dans le couple, leur point de vue différent sur chaque évènement partagé, la souffrance au même endroit, pour les mêmes raisons souvent et l'incapacité à céder du terrain sur ce que l'on est pour atteindre l'autre, la difficulté à accorder nos différences dans le couple. Céder ou faire céder, triste impasse.

La difficulté à accepter l'autre tel qu'il est, chercher à ce qu'il nous ressemble pour se sentir en confort. Préserver ce que l'on connaît, ce que l'on est: "là d'où l'on vient" en rejetant et tenant loin de nous "là d'où vient l'autre", son histoire, son monde, ce qu'il est.

Chacun reste accroché à sa citadelle plutôt que prendre le risque d'inventer ensemble un nouvel endroit, un foyer qui n'existe pas encore et qui ne ressemblera finalement ni à l'un ni à l'autre, mais aux deux mondes en même temps, à ce que chacun est et surtout à ce que chacun veut inventer.

C'est vraiment très fin comme histoire d'amour. C'est parce qu'ils sont si différents qu'ils s'aiment tant et pour cette même raison qu'ils ne peuvent pas s'aimer. 

Ils s'aiment et ils ne s'aiment pas. Ils s'entendent et ils ne s'entendent pas. Ils s'adorent et ne se supportent pas. Ils sont curieux de l'autre tout en gardant leur sens critique. 

Alors dans le livre c'est caricatural puisque chaque personnage vient d'un univers "cliché" qui s'oppose à l'univers de l'autre (le fermier robuste versus la petite bibliothécaire). Mais finalement, nous vivons ces mêmes dilemnes dans nos vies quelles que soient nos personnalités.

Se mettre en couple, c'est être avec un autre différent de nous. L'aimer et ne pas l'aimer en même temps pour tout ce qu'il nous renvoie de similaire à nous et d'incompatibilité. Parfois ça semble insurmontable. C'est parce qu'on est différents qu'on y arrivera jamais. Et parfois notre force se situe exactement au même endroit: c'est parce qu'on est différents qu'on s'apporte tant.

Et ça se joue sur un fil tout au long de la vie, non?

Moi, c'est ce qui m'a plu en tous cas, et puis comme dans le premier livre cité, j'ai retrouvé une belle et grande histoire d'amitié entre la narratrice et sa meilleure copine Märta. Des amitiés entières et évidentes comme je les aime. :)

Bonne lecture à vous! Et venez partager vos impressions...

" Je disais que nous devrions indiquer nos besoin réciproques et en définir les priorités pour pouvoir nous adapter l'un à l'autre, j'avais sans doute un discours de thérapeute familial déformé par le métier. Je voulais l'ammener à penser différemment. [...] Ainsi on aurait pu s'attendre à ce que nous nous mettions au boulot, pour arriver à cette fameuse adaptation et cet approfondissement. C'est le contraire qui s'est passé. Nous nous sommes enfouis chacun dans sa vie et nous n'avons pas cédé un pouce de terrain. C'est presque devenu un sport. Benny faisait à peu près tout pour paraître un gars simple de la campagne[...] et je suis devenue femme de Carrière avec Centres d'intérêts Culturels. Trois C, on aurait pu y ajouter deux autres pour Complètement Conne. Nous n'avons absolument pas essayé de jeter des passerelles au-dessus des ravins, nous avons cherché à nous y précipiter mutuellement. Peut-être espérions-nous tous les deux des miracles. "

"Certains disent qu'ils savent exactement le jour où ils sont devenus adultes."

"On va aussi bien ensemble que la merde et les pantalons verts, comme disait mon grand-père. Et je ne veux pas que ça s'arrête. A chaque jour suffit sa peine, je n'aurai qu'à apprendre à faire avec".

"Moi, j'ignore totalement si elle est belle ou laide, ça n'aucun intérêt, pourvu qu'elle reste comme elle est."

"Oui, c'est vrai, elle parlait beaucoup. [...]Et je trouvais que la plupart des trucs qu'elle disait étaient intéressants, ou marrants ou chouettes. Mais parfois je me demandais si il y avait une seule chose qu'elle pouvait vivre sans en parler en même temps.Apparemment c'était sa façon e s'approprier ce qu'elle vivait."

"Märta disait un jour avec un sourire en coin que les parents ne devraient pas être autorisés à avoir des enfants, parce qu'ils ne savent pas les apprécier."

"Märta était ma bouée de sauvetage, mon ancrage dans la vie. Elle pouvait surgir comme un ouragan dans ma salle de bains et agiter deux tickets de cinéma jusqu'à ce que je sorte de la baignoire, souffle les bougies du candélabre et vienne avec elle...."