vendredi 24 mai 2013

Pensées emmêlées: un arbre

Hier j'étais forte, aujourd'hui plus rien. Clouée sous ma couette. 

Hier j'étais libre et je me suis enchaînée toute seule au premier arbre qui passe. Un arbre qui parle, qui parle, et qui ne sait pas s'arrêter, à ce qu'il disait. 

Sauf que lorsqu'il s'arrête puisque tout s'arrête un jour, il ne reste que le silence. Un nouveau silence. Ou plutôt un vieux silence bien connu qui vient refaire surface. Un silence d'absence, un silence de manque, un silence qui plombe, qui pompe l'énergie. Un silence qui crie encore, encore, pourquoi plus, pourquoi toi? Pourquoi toi d'un coup et puis plus toi? Tout reste.


Le silence, les odeurs, la mémoire. Tout reste, il ne manque que toi.

 

 

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lundi 10 décembre 2012

Instants croqués: la mère

Apprendre à les écouter. Ecouter leur petite voix à eux sans me laisser brouiller par la grosse voix de mon expérience. C'est un exercice difficile, un numéro d'équilibriste.

Tendre l'oreille avec empathie et panser au bon endroit. Là où ça réchauffe, là où ça fait du bien, là où ça adoucit le rugueux de la vie. Je pourrai leur consacrer tout l'amour du monde, je tomberai inévitablement à côté. Je ne comblerai rien du gouffre de leurs besoins.

Aimer c'est juste une goutte à distiller. Pas besoin d'un océan. On finirait par se noyer à force de se débattre en vain.

Je préfère n'être que ce petit radeau sur l'amer.

Posté par GeraldineRuellan à 10:17 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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jeudi 6 septembre 2012

Aimer peut-être

Avant je croyais qu'aimer c'était se confondre. Ne faire qu'un et en tirer l'énergie nécessaire pour vivre une vie à deux.

Comme si aimer suffisait.

Comme si aimer protégeait des autres, du monde, du désir. Comme si aimer était une fin en soi. Un but à atteindre. Un état originel.

Aujourd'hui je comprends qu'aimer c'est rester soi.
Adorer l'autre pour ce qu'il est. De maniere inconditionnelle. Pour cette liberté au fond de lui qui ne nous appartient pas mais qui nous fascine. Qui nous fait comprendre qu'aimer c'est être deux. Deux êtres distincts.

 

Tu me regardes et tu m'echappes.  

Tu m'aimes et tu en aimes d'autres, autrement.

Tu me serres dans tes bras et ton esprit reste un mystère.

Tu m'embrasses ou tu ne m'embrasses pas.

 

Tu me dis oui et aussi tu me dis non.

Tu m'aimes pour mes fêlures et tu m'emportes ailleurs.

Tu t'abandonnes à moi pour mieux te retrouver.

 

Tu me déshabilles si je t'autorise.

Tu comprends que mon corps n'est pas le tien, que mon esprit est ailleurs, que mes élans sont complexes.

Tu accueilles cette altérité et tu la préserves, tu la chéris parce qu'elle te ramène à la tienne.

Tu perçois mes troubles sans les accaparer. Tu sais qu'ils m'appartiennent. Tu les laisses venir jusqu'à toi, se dévoiler, se dévêtir.

 

Tu es là et tu n'es pas là.

Et dans ton absence, ton aura perdure en moi, m'enveloppe et m'accompagne.

Aimer c'est toujours un peu être. Peut-être.

 

 

Posté par GeraldineRuellan à 18:06 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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lundi 27 août 2012

"Je bois de l'eau et je suis saoule", 4ème de couverture

Bonjour à tous,

DSC_0486

c'est une période chargée pour moi en ce moment. J-4 avant de rendre le manuscrit pour tenter ma chance au concours Gallimard jeunesse et J-7 avant mon retour à l'éducation nationale (ça c'est une autre histoire...).

Mon roman a bien avancé. J'ai fini !

J'en suis à la dernière des dernières relectures (là je prends sur moi pour ne plus tout bousculer encore). J'attaque une nouvelle étape: rédiger un résumé de l'histoire pour le joindre au roman. Une sorte de quatrième de couverture. Si vous avez envie d'y laisser des commentaires (en public ou en privé) n'hésitez pas. Ces quelques lignes sont très importantes. Ce sont les seules qui seront lues avec certitude. Elles doivent donner envie, attiser la curiosité ... Alors maintenant, vous imaginez que vous êtes à la Fnac et que vous cherchez quel livre acheter pour votre ado (ou pour vous même!). Vous parcourez les quatrièmes de couverture et vous tombez sur celle-ci. Vous en pensez quoi?

A vos commentaires!

PS: Merci de me suivre et à bientôt pour vous donner l'énigme de mon titre de roman en chansons.... :)

 

Je bois de l'eau et je suis saoule. Résumé du livre:

" Comment fait-on pour exprimer ses sentiments et ses désirs lorsqu'on n'a jamais appris ? Lorsqu'on a toujours cru qu'il fallait faire attention aux autres avant de prendre soin de soi ? Constance a quinze ans, un père charismatique, une mère malade et une bande de copains extraordinaires. Constance s'ennuie au lycée, elle rêve d'un ailleurs. Elle interprète le monde parce qu'elle ne le comprend pas. C'est sa façon à elle de grandir. 

Un jour, elle a la chance de vivre enfin sa propre histoire. Observer ne suffit plus, il faut se jeter à l'eau... "

mardi 10 janvier 2012

Demander

Il y avait cette femme. Bénédicte. Et ce samedi-là à ses côtés avait pris son temps. Á parler puis à boire, à boire puis à fumer, et partager encore. Pour aller au plus près de l’autre. Débats passionnés, échanges sincères. S’emporter et se laisser aller. Baisser les armes.

Il y avait eu ces impressions, ce ressenti. Ces regards portés, insistants, cette voix plus douce, ce ton propice à l’intimité.

L’avait-elle réellement frôlé ou bien était-elle simplement passée un peu trop près ? Par inattention ou par familiarité.

Il ne l’avait pourtant pas rêvée cette proximité.

Un désir, un jeu de séduction. Sur un fil, difficilement discernable.

Et depuis, comme une distance entre eux deux. Comme une gêne qui se serait insinuée à ce dernier rendez-vous.

 

Mais non, ce n’était pas possible, il n’y avait rien eu de tout cela. Il divaguait, il s’égarait. Le téléphone entre les mains, il ne lui manquait plus que l'audace pour en avoir le coeur net.

Provoquer une réalité. Crever l’abcès. Sortir du peut-être.

 

Thomas ne sait pas parler.

Il sait parler bien sûr. Mais il ne sait pas se dire avec exactitude.

Avouer ce qui lui plait, ce qu’il veut vraiment, sincèrement, profondément. Confronter ses rêves à la réalité des autres.

 

Et par-dessus tout, il ne sait pas demander. Que ce soit important ou anodin. Que ce soit vis-à-vis de sa femme, son voisin, son chef, sa collègue, ses amis, la caissière ou le serveur de la brasserie du coin.

Que les gens comptent ou qu’ils lui soient étrangers, il ne sait pas demander. « Est-ce que je peux vous envoyer le lien de mon blog ? […] Est-ce que vous pouvez plier mes chemises plutôt que les poser sur cintre ? […] Est-ce que les messages que je t’envoie te touchent ou est-ce qu’ils te gonflent ? […] Est-ce que ma fille pourrait récupérer la corde à sauter que vous lui avez confisquée la semaine dernière?»... « Est-ce que je te plais ? »

Demander est pour lui comme douter de la personne en face, peut-être lui manquer de respect ou la remettre en question. Et puis le silence a l’avantage de laisser toutes les portes ouvertes. Le champ des possibles à l’infini.

Alors que demander dissipe les malentendus. Simplement, spontanément.

 

Thomas n’est ni simple, ni spontané. L’esprit toujours prend le pas sur le reste, prend le contrôle pour censurer la parole. « Bénédicte, dis-moi… juste pour savoir à quoi s’en tenir… y a-t-il de la séduction entre nous ? »

 

Il aurait été tellement plus simple d’en parler sur le moment. La phrase avait tourné dans sa tête pourtant. Cette vieille phrase qu’il connaissait bien pour ne l’avoir jamais prononcée à voix haute. C’était une vieille histoire. Et son cœur palpitait.

Est-ce que tu ressens l’intensité de mon regard sur toi ? Est-ce que tu remarques mon attitude troublée ? Est-ce que c’est ok pour toi cette promiscuité-là ? Mon corps qui te frôle parfois et mon cœur qui bat un peu trop vite ?

Saurais-tu me dire non si je t’importunais ? Me dire je t’aime bien mais ce n’est pas ça que je cherche, ce n’est pas ça qui nous relie. Ton attitude me gêne parfois. Il n’y a pas d’ambigüité entre nous. Jamais. Il n’y en a jamais eu. Je t’aime beaucoup. Restons amis. Saurais-tu me dire cela ?

Me l’as-tu dit déjà et je n’aurais pas su t’entendre ?

 

En avoir le cœur net. Faire la part des choses. Distinguer le fantasme de la réalité.

Dans la réalité, ses mains à lui s’étaient attardées, un peu plus que d’habitude, au détour d’une cigarette allumée ou d’un verre à remplir. Sans être tout à fait sûres d’elles-mêmes. Et puis la culpabilité. La honte aussi. Et le besoin de refouler et de calmer un peu le chaos intérieur.

 

Entre eux avec certitude depuis toujours une immense affection. Il y avait toujours eu l’admiration, le respect, la tendresse.

Mais y avait-il eu aussi le désir ? Qui serait venu s’immiscer.

Y avait-il toujours eu le désir ? À demi-mots.

 

Thomas savait dans son corps malgré lui le trouble, l’excitation. L’amitié se confond-elle parfois, se confond-elle toujours ?

Ce désir était-il en lui, ou lui était-il suggéré par son attitude à elle. Une faiblesse à son égard.

 

Il fallait en parler. Il fallait qu’il sache une fois pour toutes.

Oui mais qu’il sache pour faire quoi, pour aller où ?

 

Est-ce que ça change quelque chose, est-ce que ça change tout ?

 

« Oui, c’est vrai, tu as vu juste, mon regard était plus insistant que d’habitude, mes mains s’attardaient de trop, mes mots te caressaient. Oui, il y avait une hésitation, un désir évident de l’un jusqu’à l’autre. »

 

Et après ?

Qu’est-ce que ça change ? Qu’est-ce que ça fait ?

 

Ça ne change rien. Ça ne fait rien.

Ça va mieux en le disant ou bien justement ça n’existe que parce que c'est tu, parce que c'est suggéré. Maladroitement. On le sait, on le sent, on le provoque, on l’entretient, mais ça ne va pas plus loin.

 

Je te désire. Tu me désires et c’est ainsi. Ainsi que nous fonctionnons. Ainsi que nous nous aimons. Dans le silence de cette attirance contenue.

 

C’est bizarre quand même. Peut-être je me trompe. Peut-être je me prends trop au sérieux. Peut-être je joue tout seul.

Et peut-être pas.

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lundi 12 décembre 2011

Manquer

Aucune nouvelle. Constance attendait. Elle y croyait, elle y croyait sincèrement. Chaque matin, la même conviction jusqu'à la boite aux lettres. Et toujours rien. Une seule personne ne lui écrivait jamais.

Il était parti trois mois auparavant. Pour deux années entières, au bout du monde. La douleur vive des débuts avait commencé à s'assourdir, cédant la place à l'attente incertaine et lancinante. Que faisait-il en ce moment ? Il était à peine dix-huit heures là-bas. Constance n'oubliait jamais le décalage horaire. Retrancher six heures pour le rêver au présent, par-delà l'Atlantique.

Elle aimait par-dessus tout le petit matin, pour partager les dernières étoiles. Elle se levait avec lui, elle mangeait, elle goûtait, elle dînait avec lui. Chaque seconde de chaque journée écoulée.

Elle fumait avec lui, elle lui parlait tout bas. Somnolente, assise au fond du bus, la tête posée contre la vitre, le walkman contre son cœur, il accompagnait les toutes premières pensées. Et elle étudiait avec lui, elle rêvait de lui, elle chantait pour lui, elle souriait jusqu'à lui. Elle pleurait loin de lui. Elle n’en pouvait plus d'attendre sa lettre. Aimer l’absent à ce point n'avait aucun sens. Ce n'était pas raisonnable.

Parfois brusquement les souvenirs la submergeaient. Parfois, le vide l'anesthésiait complètement. Elle devait se concentrer pour ramener les images à sa mémoire. Et les larmes à nouveau, ou le petit sourire, ou le cœur retourné, mais pas une fois l'indifférence. Hantée, chaque jour. Perpétuellement. Il l’emplissait. Une vitalité s'allumait à l'intérieur. Une croyance insensée et qui la dépassait.

Parfois aussi elle réalisait la distance, le silence, l'absurdité. Quelle idiote elle était. Elle ne le reverrait pas avant un an ou deux. Peut-être même ne le reverrait-elle jamais. Il n'y avait qu’elle pour conserver avec autant d'ardeur le souvenir de quelques soirées partagées. Tout cela ne signifiait plus rien ailleurs que dans sa mémoire. Alors qui imaginait-elle encore ? Un inconnu. Un musicien, à plus de huit mille kilomètres. Elle avait besoin de lui. Ou bien avait-elle besoin de l'amour qu’elle s’inventait pour lui ? Elle était dingue. Il lui manquait terriblement.

Et toujours rien. Une simple réponse, un signe de vie n'engageait en rien. Le doute s'immisçait, sournoisement. La crainte qu’il l’ait oubliée, qu'il se soit joué d'elle. Elle était si naÏve. Pourquoi était-il entré dans sa vie ainsi? Pourquoi avait-il pris toute la place. Elle n'avait rien demandé. Et voilà qu'elle se trouvait destabilisée. Le manque l'engourdissait. Elle ne comprenait pas ce silence qui la tuait à petits feux. Malgré elle. Malgré l'énergie utilisée pour enfin passer à autre chose. L'univers entier ne cessait de le rappeler à elle. Chaque chanson était imprégnée. Ce n'était plus possible. Il fallait arrêter. Elle allait abîmer ses souvenirs à les ressasser sans cesse. Comment les appeler « souvenirs » tant ils étaient présents au quotidien?

Une semaine magnifique, unique, hors du temps. Rien de plus. Il lui fallait la garder, la préserver au plus près de son cœur, à l'abri pour se réchauffer l'absence. En faire une force pour avancer. Reprendre confiance. Loin derrière elle les idées noires...

Mais voilà l’ennui qui s’installait, envahissant. Constance travaillait sans soif. Les jours qui passaient n’apportaient rien d'essentiel. De l'ivresse à la banalité. Noyée dans le passé. Elle s'y engouffrait, elle s'y réfugiait. 

Elle négligeait ses amis. Son corps était auprès d’eux mais elle était si loin. Ailleurs. Différente, en marge. Elle ne suivait plus leur rythme. Elle leur en voulait. De quoi ? De n'avoir pas changé. D'être toujours les mêmes alors qu'elle s'était transformée. 

Elle espérait que quelqu’un la prenne dans ses bras et fasse attention à elle. Pourquoi lui tout le temps ? Toujours? Pourquoi n'était-ce pas pareil avec les autres?

Pourrait-elle arrêter la comparaison un jour ? Elle n'y arrivait pas, elle ne croyait pas un instant que ce fut possible.

Allons il faut partir / N’emporter que son cœur / Et n’emporter que lui / Mais aller voir ailleurs… (Jaques Brel, Allons il faut partir.)

 

Six mois d’absence. Six mois de silence. Il n'était pas là et pourtant il était en elle. Elle l'imaginait sans jamais pouvoir l'atteindre. Parfois, elle réalisait le vide et elle était dévastée. Face au silence, face à l'éternité. Impuissante.

Comme si il était mort. L'incertitude en plus. L'espoir, l'obstination. En vain.

Quelle absurdité. Désirer l'absent. Sans répit.

Les semaines qui s'écoulaient achevaient de ternir la légèreté qui l'animait l’été dernier. Elle n'était ni triste ni heureuse. Elle s'éteignait. Consumée l’étincelle. Il était dur de passer à autre chose. Elle ne savait plus à quoi se raccrocher. Rien pour se motiver. Trop d'espérances, trop d'attentes vaines.

Ne plus parler à personne.

Constance était vidée. Incapable de rebondir, d’aller de l’avant, d’y croire encore.

Parfois revenait la nécessité d’être auprès de lui, maintenant. Le revoir, l'apercevoir. Le manque, le vide. C’était impossible autrement. Aucune lettre encore. Ça la rongeait. Avoir de ses nouvelles. Savoir, actualiser. Elle ne pouvait pas se résigner.

Mais que valait cette ardeur? Les mois passaient, la vie passait. Et sa jeunesse avec. Les souvenirs lui échappaient. Les images devenaient floue. Même dans ses rêves il ne venait plus.

Elle oubliait jusqu'aux traits de son visage, jusqu'à sa démarche. Le temps estompait tout.

Le ciel était noir ce soir-là, le vent froid et humide. Constance écoutait la musique à la porte du dehors. Une étoile brillait intensément juste en face. Elle feuilletait les quelques photos qu'il lui restait. Se pouvait-il qu’il puisse pressentir à quel point elle pensait à lui ? Est-ce que ça l'accompagnait parfois ?

Il a plu, tard dans la nuit. Au dehors, la tempête. Tonnerre. Éclairs. Constance était seule à l'intérieur. Elle venait de rentrer, trempée. Il n’y avait plus d'électricité. Le noir absolu. Elle marchait à tâtons jusque dans sa chambre pour trouver un briquet. La flamme sur la bougie et le calme est revenu, instantanément.

Son petit univers. Toute son histoire inscrite dans chaque recoin de cette pièce.

La grêle faisait un boucan d’enfer contre les vitres, contre les tuiles. Un instant, le silence de la nuit humide s'est imposé et puis l’orage est reparti de plus belle. Constance restait devant la cheminée, sur le carrelage rugueux, avec ses cinq chats. Elle replongeait des siècles en arrière. Elle adorait ça.

Et dans le vacarme de la nuit, sa mémoire s'est éclairée. Elle s’est souvenue. Les expressions, les gestes, les attitudes. Lui, dans les moindres détails. Avec précision.

Elle entendait son rire, elle entendait sa voix. Elle ressentait le frôlement de sa main sur son visage. La fraîcheur de ses joues contre les siennes écarlates. Et sa peau claire, et ses yeux sombres. C'était affreux, c'était sublime. Elle redevenait celle qu’elle avait été. Il lui revenait comme ça. Et elle était transportée.

Réveil difficile. Se détacher de cette impression de réalité.Pourquoi fallait-il qu’elle rêve si fort de lui la nuit dernière ? Elle recevait sa lettre. Encore et toujours. Happée par cette atmosphère pendant plusieurs jours. Engourdie. Comme s’ils s’étaient recroisés. Elle ne pourrait pas l’oublier. Besoin de temps, encore.

 Elle savait raisonnablement que rencontrer un autre, bien réel, serait salvateur. Son attachement extrême n'était sans doute plus qu'une nostalgie entretenue. Mais elle ne pouvait s’en défaire. Cette certitude. Le sentiment inébranlable d'avoir été vivante. Elle ne le maîtrisait pas, elle ne l'assumait pas.

Son premier amour. Irraisonné, irraisonnable, inexplicable et irrationnel.

Tout cela appelait le manque et lui collait à la peau. Aujourd'hui encore. Envie de l'entendre. Le savoir un peu plus près d’elle-même.

 * * *

Le bus avançait sur la route du littoral. C’était loin déjà mais c'était là. Là où tout avait commencé. La mer était lumineuse ce soir-là. D'un bleu profond, elle se détachait de tout le reste du paysage, le contraste était magnifique.

Il allait bientôt faire nuit. Le ciel était dégagé de nuages, seules une ou deux étoiles commençaient à briller. C’était joli. Constance avait le cœur tranquille. L'été arrivait. Tout restait gravé mais devenait moins encombrant. À sa place. Elle aimerait continuer comme ça. Moins tournée vers le passé, plus axée sur le présent.

Un présent simple et agréable. Reprendre goût aux autres. Au quotidien. Aller au-devant des rencontres. L'avenir lui tendait les bras. Avec ou sans nouvelles. Il était temps de tourner la page. Passer à autre chose. Tenter.

Posté par baptisteruellan à 10:50 - Commentaires [0] - Permalien [#]
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