dimanche 20 janvier 2013

Instants croqués: le sac de couchage

Je ne peux pas imaginer l'interdit sans avoir terriblement besoin d'y succomber. C'est le fameux: "Ne pensez pas à une girafe rose!". Quelle est la première image qui s'impose à vous ?

Ma vie ressemble à cette girafe rose. Je ne suis qu'une enfant devenue grande. Il est minuit et demi et ce soir, je suis emmitouflée dans un sac de couchage. Je crois que je suis bien.

Juste au chaud, juste comme il faut.

Mais plus je pense à combien je suis bien, non vraiment, je n'ai besoin de rien d'autre c'est parfait, et plus les pensées insidieuses me hantent. Plus je lutte pour les repousser et plus mon esprit vient me titiller. Il s'égare et se focalise sur une idée, une seule idée, fixe, qui peu à peu prend toute la place: dans ce sac de couchage je ne peux pas bouger.

Mon corps est confiné. Et si l'envie me prenait de bouger les jambes?

Là, je suis bien, sans doute, mais plus tard dans la nuit? Mon corps se met à fourmiller à cette pensée. 

Alors je ne ressens plus rien d'autre que l'envie d'étendre mes jambes, les étirer au maximum. Ma respiration s'accélère.Plus je me sais retenue et plus j'ai besoin d'autre chose... Je chasse l'image mais voilà qu'elle revient. Et plus je la chasse, plus mon désir grandit jusqu'à devenir intolérable. Il n'y a bientôt plus rien au monde que cette soif de vivre. Me libérer, déchirer ce sac qui me contient. 

Ma main descend la fermeture éclair d'un geste brusque et définitif. 

Je ne remarque qu'à cet instant-là la fièvre à mes tempes, les palpitations de mon coeur. Je ferme les yeux, je laisse la fièvre s'apaiser d'elle-même. J'inspire profondément et je m'endors enfin, immobile mais libre.  

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lundi 14 janvier 2013

Pensées emmêlées: les vacances

Les vacances c'est comme le dessert.

A quoi bon survivre à demi en attendant d'être enfin vivant? A quoi bon les haricots verts avant la mangue juteuse? Et pourquoi?...  Bien sûr attendre et retarder, parler, lire, rêver pour mieux savourer, ça a du bon; ça accélère le coeur, ça nourrit, ça transporte, c'est déjà les vacances, c'est déjà le dessert!

Mais subir avant la délivrance, c'est intolérable, être balloté de vague en vague, de haut en bas, d'extases en concessions, non. Il n'y a pas à courber le dos avant de s'envoler. Il y a juste à ouvrir la poitrine et inspirer profondément, il y a juste à sentir la force du vent, tendre les bras et suivre le cap qui nous ressemble. Manger ce qui nous rassasie, accepter ce qui nous fait du bien, vivre ici et maintenant.

Plus de dessert, plus de vacances, mais de la saveur au quotidien, le jour, la nuit, entre deux soucis, deux colères, entre deux larmes, de la saveur dans les haricots verts, de la saveur à l'ouvrage quel qu'il soit, de la saveur dans un regard, dans une rencontre, dans une absurdité ... De la saveur!

PS: AAAAh! qu'est-ce qu'on est bien au chaud chez soi à manger des haricots verts ;)

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jeudi 10 janvier 2013

Instants croqués: jeux d'enfants

Au fin fond de la campagne, une poignée d'enfants jouent à éteindre un feu au fond d'un champ voisin.

Il va falloir descendre le mur, il va falloir pénétrer dans la propriété inconnue et courir à découvert le long du mur jusqu'au tas d'herbes qui brûlent, jeter l'eau, en toute hâte et revenir, plus vite encore, se hisser, s'entraider, se faire la courte échelle, se tendre une main et s'enfuir, en riant, en gloussant, en trébuchant. S'enfuir avec ivresse, solidaires. Ils n'ont pas dix ans. Tout est là déjà, pourtant. L'interdit, l'aventure, le jeu, l'adrénaline.

Ils créent une épopée d'une banalité.

Deux braises et un reste de fumée deviennent un incendie; trois seaux et deux casseroles, un puits sans fond. Un muret à franchir et c'est une frontière, un océan, que sais-je encore, l'horizon! Ces deux cents mètres interdits sur lesquels ils vont devoir courir, sans se retourner, l'eau à la bouche, la casserole débordante sous le bras, c'est un terrain à découvert, c'est l'inconnu, c'est le paradis!

Deux d'entre eux se rencontrent pour la première fois.

Ces deux-là, ils ne savent pas encore. ils ne se doutent pas. Du feu qu'il y a en eux, entre eux. Ce feu qu'ils n'auront de cesse de vouloir étreindre. Toute une vie durant. Pour retrouver ce qui était déjà à leurs pieds. L'interdit, l'aventure, le jeu, l'adrénaline. Et s'embraser enfin.

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lundi 17 décembre 2012

Instants croqués: la maison bleue

Cette maison est ouverte. Les enfants y vont et y viennent. Les siens et ceux des autres. Les voisins, les cousins, les copains. Parfois ils restent, parfois ils ne font que toquer. Les portes s'ouvrent et se referment, laissant entrer les courants d'air.

Il aime être là, à côté. Il se sent à sa place.

Il les écoute parler, imiter ce qu'ils vivent ailleurs, toi tu serais le loup, et moi le petit cochon dans sa maison de brique. Non, j'aime pas les loups. Bon d'accord, toi tu serais le loup princesse Jasmine et moi le petit cochon Poucelina, tu serais ma grande soeur et moi je voudrais pas que tu me fasses peur alors je me cacherais dans ma maison de briques. Il les écoute s'ennuyer parfois, crier souvent mais rire tout de suite après, se disputer à tout jamais et puis se réconcilier. Il regarde les âges s'emmêler, les genres se rencontrer, les liens se nouer et se dénouer. Le théâtre de la vie, déjà. Il aime les portes entrouvertes sur les chambres jonchées de jouets et deviner au milieu trois enfants agenouillés qui ont oublié le monde alentour pour s'embarquer dans une nouvelle histoire. Il aime entendre le bruit des pas qui se courent après, les portes qui claquent et les gloussements de baleines. Parfois les pas viennent jusqu'à lui les yeux plein de larmes s'étant rappelés qu'il était là tout près. Alors il reçoit le trop plein qui déborde, les peurs, les injustices, les blessures et les colères incontrôlables jusqu'à ce que les pas soient prêts à s'en retourner.

Il aime être ce témoin bienveillant. A sa place, juste à côté. Permettre à la vie d'être ce qu'elle est. N'être rien de plus qu'un point d'ancrage.

Il ne sait pas ce qui leur en restera et peu lui importe. Il sait que c'est ici qu'il est bien.

mercredi 12 décembre 2012

Instants croqués: la fin des vacances

C'est l'été. Le soleil cogne encore, seul au milieu du ciel bleu sans nuances.

Dernier plongeon, dernière immersion dans l'eau. Tout à l'heure, les valises à boucler, la route à prendre, la ville à rejoindre. Tout à l'heure. Pour l'instant, je savoure le dernier bain. Je goûte intensément chaque sensation en les amenant une à une à ma conscience.

La seconde où je plonge, mon corps qui entre dans l'eau. La fraicheur qui vient éteindre la chaleur de ma peau restée trop longtemps au soleil. Mon corps qui change d'élément, oublie l'apesanteur pour se laisser porter, se laisser flotter. Mon corps dont les contours se dessinent enfin distinctement. Je me sens un être entier des pieds jusqu'à la tête. J'ai tout à coup un contour, une consistance impalpables à l'air libre.

Je savoure la dernière fois, le dernier plaisir. Il en est d'autant plus fort.

Je ne comprends pas pourquoi il m'est si nécessaire ce dernier plongeon alors que je me suis à peine baignée de toutes les vacances. J'aurais voulu me baigner plus, j'aurais dû me baigner plus. Pourtant ce n'était jamais le bon moment. Trop froid, trop la flemme. J'avais toujours mieux à faire: bronzer, dormir, rêver.

Jusqu'au dernier moment où je me dis que j'aurais dû en profiter d'avantage alors je me promets que l'an prochain, je me baignerai jusqu'à plus soif. 

Chaque été c'est pareil.

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vendredi 7 décembre 2012

Instants croqués: L'avalanche

Il a vingt-huit ans.

Il descend la piste en snow. Il s'arrête, il attend ses amis. Il est là, il domine la vallée.

Il respire, il trimballe ses souvenirs, il profite de sa journée, il voit le bleu du ciel (le ciel etait-il bleu?), il pense, il est vivant.

Il est là.

Il reprend sa descente. La montagne se décroche.

Il n'est plus.

 

Il suffit d'un instant pour mourir.

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Instants Croqués: La marelle

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           CIEL

 

   Il neige... 

 

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jeudi 6 décembre 2012

Instants Croqués: le pique-nique

Faire cuire des pâtes, sortir une tranche de jambon. Y ajouter un morceau de fromage et une clémentine. Remplir la carafe d'eau. Un déjeuner comme un autre. Mettre la table et crier: "à taaaaaaaaable!".

Oh, une petite fille était déjà juste là, derrière moi. "Dis maman, on pique-nique comme une autre fois?"

S'entendre répondre "non". Par reflexe, par flemme, par programmation figée. Chercher des raisons bidons: pas aujourd'hui, demain. Pas le temps, il faut se dépêcher pour l'école. Une prochaine fois, j'ai déjà tout préparé... Non, il faut, on doit.

S'arrêter.

Lâcher prise. Se laisser faire, se laisser aller, se laisser emporter par l'enfance. Saisir le jeu. Revenir sur sa décision: "Ok pour le pique-nique. Tu sais où on va?". Ressentir une petite excitation, comme une pointe d'adrénaline qui se diffuse tranquillement et nous rappelle qu'on est vivant. Bousculer le programme, sortir un plateau, entasser les assiettes et les verres, partir à l'aventure. S'étaler par terre au milieu des jouets dans la chambre des enfants. Pique-niquer tous ensemble. Ouvrir les portes de l'imaginaire.

Rien de plus. Rien de moins.  

C'est extra ordinaire...

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mardi 4 décembre 2012

Instants Croqués: le rayon de soleil

Le canapé est vide. A sa place, immuable, contre la baie vitrée. Un rayon de soleil l'éclaire en partie.

Je ne résiste pas. Je m'assois sur le cuir chaud, j'enroule mon corps sur chaque parcelle de lumière et je ferme les yeux. Je deviens chat.

La chaleur traverse mes vêtements, imprègne ma peau et me régénère à l'intérieur.

Si je pouvais, je ronronnerais!

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dimanche 2 décembre 2012

Instants croqués: chahut d'enfants

Assise à mon piano. Ici et ailleurs. Trois princesses dans le salon construisent un circuit pour le train. La Terre tremble. Un troupeau d'éléphants descend les escaliers. Un ado entre dans un cri tonitruant suivi par son p'tit bonhomme de frère. Course poursuite. Noms d'oiseaux, éclats de rires, hurlements. Placage sur le canapé. Noms d'oiseaux, éclats de rires, hurlements. Course poursuite. Le duo d'éléphants remonte les escaliers, la Terre tremble quelques secondes encore. Et puis le silence.

Trois princesses dessinent sur la table du salon. Assise à mon piano, je poursuis ma chanson.

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