mercredi 24 avril 2013

Instants croqués: la boîte à musique

Cet homme que je croise chaque matin dans sa librairie je voudrais l'extraire, abattre les murs et voir ce qu'il y a derrière.

Qui est-il?

Je ne peux pas l'imaginer ailleurs que dans ce décor en papier carton, ailleurs que devant cette petite table et ces petites chaises, ces affiches aux couleurs éclatantes. Le seul endroit où je l'ai jamais vu. Je ne peux l'imaginer ailleurs que devant tous ces gens, souriant aimablement, murmurant des attentions touchantes. Quelle est sa vie ailleurs? Est-ce qu'il vit seul? 

Je ne peux raisonnablement pas l'imaginer au supermarché ou à la banque. Je ne peux lui associer ni une voiture ni une maison, ni un trajet dans ma réalité. J'essaie pourtant, je lui invente une histoire, des plaisirs, des amis. Je me demande quel genre de musique il peut écouter? Comment est-il quand il parle tout bas, de quelle manière pose-t-il ses doigts autour d'un verre lorsqu'il boit. Est-ce qu'il boit d'ailleurs? Et qu'est-ce qu'il boit? De quoi a-t-il soif? Aime-t-il, rêve-t-il? Je l'imagine tant que je ne l'imagine plus. Je le perds de vue. 

Je n'emporte avec moi qu'une image.

Alors je retourne à cette librairie comme j'ouvrirai une boîte à musique. Ce même homme, à cette même place. Il m'intrigue tant que j'ouvre plusieurs fois par jour le couvercle pour entendre sa petite musique. Il est toujours là, il me regarde. Il me sourit dans un rituel immuable et telle une petite ballerine, je tourne autour de lui.

Oui mais que vais-je faire de tous ces livres? 

 

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dimanche 21 avril 2013

Lettre à un enfant

Mon enfant.
Toi que j'aime d'un amour que je voudrais inconditionnel. Toi qui m'aimes de manière absolue, simplement parce que je suis ta mère. Si tu savais comme je t'ai mal aimé parfois. Comme je ne serai jamais à la hauteur de cet amour que tu me portes.

Si tu savais combien de choses moches.
Combien de fois c'est la petitesse qui a guidé mes pas. La colère, la vengeance, la jalousie, la méchanceté, le pouvoir, le jugement, les principes, la force. L'orgueil aussi et l'entêtement. Et pire, la voix des autres. Combien de fois je t'ai fait pleurer.

Combien de fois je t'ai blessé, je ne t'ai pas écouté, je t'ai coupé la parole, je ne t'ai pas cru. J'ai su mieux que toi, je t'ai rabaissé, je me suis moquée. Combien de fois j'ai serré ton bras un peu trop fort, je t'ai bousculé d'un geste d'humeur, je t'ai crié dessus, je me suis délestée contre toi plutôt que sur les personnes concernées de la colère accumulée.
Combien de fois je t'ai trahi, combien de fois j'ai pris le parti des autres contre le tien, combien de fois si j'ose être honnête je me suis servie de toi pour défendre mes propres intérêts, combien de fois j'ai camouflé ma gêne en condamnant tes réactions légitimes.
Combien de fois je t'ai fait peur, combien de fois je t'ai déçu.
Combien de fois j'ai clamé des discours admirables et me suis enveloppée de bassesse.

Combien de fois je n'ai rien voulu d'autre que gagner finalement. L'emporter sur toi et sur tes élans. Mon statut de mère m'a fait souvent basculer dans les pleins pouvoirs, dans la dictature.

Je ne suis qu'une enfant en face de toi pourtant. Une enfant blessée tapie derrière une adulte respectable.

Je t'ai blessé parfois et toujours tu as cru que c'était de ta faute.

Tu as cru je l'ai vu dans ton regard, tu as cru que c'était toi qui n'étais pas assez.
Pas assez bien, pas assez sage, pas assez gentil, pas assez aimable.

Tu as cru que c'était toi et je t'ai laissé le croire parfois, l'espace d'un instant.

Comme une vengeance, comme une punition. Une double peine à l'enfant que j'étais: "tu vois toi aussi sans doute tu n'étais pas assez."

vendredi 22 mars 2013

Instants croqués: à dos de chameau

 

Un ami est passé par ici. Un de ceux qui ne font que passer et puis s'en vont leur chemin. Un aventurier, une âme nomade. J'aime marcher à ses côtés, mes pas dans la trace des siens, soufflés par le vent, marcher à ses côtés même de loin, distants de milliards de kilomètres mais retenus par un fil. Le fil d'une tendresse, un reste d'enfance.

Libres de grandir encore et heureux de se retrouver quelques fois.

On se laisse aller en terrain familier, on se laisse bercer. Il fait parti des gens avec qui il fait bon parler. Ces gens qui ont la juste dose d'utopie et le courage de la mettre en pratique. Ces gens qui ont le don de nous ramener à l'essentiel, au fond de nous-même. Y déposer une petite lumière pour ne plus se perdre. La petite étincelle. Balayer le superflu.

 

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dimanche 17 mars 2013

Instants croqués: le printemps

Ce premier jour où l'on recommence à entendre les voix du dehors. Ca vient bousculer le ronronnement intérieur.

Les jeux des enfants, les cris, les éclats de rire, les voisins dans leur jardin ou sur la terrasse, les gens qui parlent dans la rue, un avion dans le ciel. 

Le soleil pénètre la maison en même temps que la rumeur extérieur. Il force la fenêtre qui finit par céder, grande ouverte. Le printemps peut entrer. Allez, viens, prends toute la place, entre, entre donc, ne te gêne pas! Depuis le temps que je t'attends.

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mercredi 13 mars 2013

Pensées emmêlées: Heureux

Heureux, juste heureux. D'être là.

Être moi. N'être que moi.

Auprès des miens. Tant de miens qui me font du bien. Avoir quitté parfois et retrouver surtout. Partager ma route.

Heureux de ne plus avoir besoin de convaincre. Avoir remis en cause les convenances, avoir fui les faux-semblants, recommencer sans relâche. Comme une vigilance de chaque instant.

Dans les épreuves, avoir perdu pieds et m'être relevé.
M'arrêter là un moment. Savourer le chemin parcouru. Ce chemin qui n'est que le mien. Les élans comme les impasses.

Heureux d'être si souvent allé là où je n'aurais jamais cru. Au bout du bout. Avoir repoussé mes limites, avoir cru atteindre l'impossible et être allé pourtant plus loin encore, comme si c'était possible, comme une femme accouche. A chaque fois, en être revenu.
Heureux que ce soit ça la vie, que ça remue, que ça bouscule.

Heureux que les enfants soient ce qu'ils sont. Avec leurs débordements, leurs cris, leurs pleurs, leurs rires, leur immédiateté. Ces enfants qui m'élèvent en me poussant d'un coup franc dans mes retranchements, là où je n'aurais jamais été que sur la pointe des pieds sans eux.

Et quel bonheur de savoir grandir encore...

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lundi 4 mars 2013

Instants croqués: L'homme bleu

Il n'est pas particulièrement beau.

On dirait au premier coup d'oeil qu'il est classique. Peut-être même quelconque. Il ne parle pas de lui, il ne s'impose pas, il reste là. Il passerait facilement inaperçu, il disparaîtrait s'il n'y prenait pas garde, il se faufilerait, il s'effacerait. 

Il n'est pas particulièrement beau pourtant il s'éclaire au contact des autres comme s'il prenait vie.

Je pense que c'est plus fort que lui. Les regards accrochent le bleu du sien et provoquent son large sourire. Son corps malgré lui se rapproche sensiblement. Il tend vers l'autre. C'est émouvant. Et l'on peut deviner la tendresse à ses côtés s'animer comme une ombre. Une douce ombre, une ombre claire et lumineuse qui appelle à la réciprocité.

On se surprend alors à dépoussiérer la candeur en nous, qui s'était empêtrée dans le laisser aller du quotidien. On se surprend à y trouver du plaisir. Et lorsqu'on le quitte et qu'il s'éteint peut-être à nouveau derrière nous, on a encore sur le visage un sourire rayonnant et les yeux qui plissent...

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mardi 26 février 2013

Instants croqués: la maison sous la maison

On construirait un tunnel sous la terre qui irait de ma chambre à la tienne. Avec une trappe à la place du carrelage, sous le lit exactement. On se rejoindrait autant qu'on en a besoin, autant qu'on en a envie surtout, le jour, la nuit, à l'heure du repas, à l'heure du bain, à l'heure des devoirs, à l'heure où ce n'est pas possible, à l'heure où ce n'est pas raisonnable, à l'heure où ce n'est plus l'heure. On irait de l'un jusqu'à l'autre et puis après, si on veut, on irait n'importe où. Notre tunnel pourrait bien se poursuivre sous la ville, sous les champs, sous l'océan. On pourrait parcourir le monde entier ou rester tout près, ce serait la même chose. Et puis on reviendrait.

Personne ne se douterait de rien.

Notre monde serait souterrain, un monde caché où tu serais la seule à savoir me rejoindre. Un monde à inventer. Avec autant de galeries que de chemins possibles, avec des petites bougies partout pour ne plus avoir peur, avec nos livres, nos jouets, nos musiques, nos souvenirs et nos projets. Avec des couettes et des oreillers, et pourquoi pas une cheminée.

Un monde extraordinaire dont personne ne se doute. Juste là, en dessous. On pourrait même l'oublier pendant des années. Il resterait à sa place, immuable, n'attendant que nous pour prendre vie à nouveau.

C'est la seule chose nécessaire. Une maison sous la maison.

Un espace secret et infini, que l'on remodèle à loisir, un refuge où l'on se cache et d'où l'on s'évade aussi.

dimanche 10 février 2013

Pensées emmêlées: réduit à l'essentiel

Il n'y a qu'une chose qui soit importante, c'est de mourir un jour et d'être vivant encore.

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jeudi 7 février 2013

Instants croqués: histoires de filles

Un téléphone vibre. Un coeur s'accélère, un sourire aux lèvres, des gloussements de filles.

Karine a 15 ans, elle traîne au centre commercial avec sa meilleure amie Nine et son chéri. Il est quinze heures trente, c'est un jour de soldes. Elle a eu la mauvaise idée de sortir habillée comme un sac sûre que cette après-midi-là serait une après-midi pour rien après les désillusions de la veille et voilà que son téléphone a sonné, voilà qu'il lui a demandé de le rejoindre alors qu'elle pensait ne plus le revoir. Quelques mots déposés sur un écran tactile. Chez moi dans 15 minutes?

Qu'est-ce que je fais? Ça fait des mois que j'attends ce moment... je ne peux pas y aller comme ça, j'ai l'air de rien! 

C'est dans ces moments là que c'est bon d'avoir 15 ans encore et sa copine à portée de cœur, perdre la tête, écouter ses pulsions, se laisser porter par la vague, faire d'une banalité un souvenir indélébile.


Bon alors qu'est-ce que je fais? ... Qu'est-ce que tu fais? Bah tu t'achetes des dessous et une paire de collants, tu cours chez Monop' et t'oublies pas de prendre du déo en passant. Y a une robe toute neuve dans la voiture de ma mère mais on a déjà plus que 10 minutes devant nous alors gooo! Ça te dérange pas mon chéri, c'est une urgence là, il faut que je m'occupe de ma copine, je te retrouve juste après.


Est-ce qu'il ne vaudrait pas mieux se voir dans de meilleurs conditions? Ce serait dommage de gâcher ce moment tant attendu. Hésiter cinq minutes, peser le pour et le contre, trouver cette situation complètement absurde. Adorer ça.

Courir a travers la foule du samedi, trouver un soutif, chercher désespérément dans les bacs le string assorti et à la bonne taille, répondre aux SMS de l'impatient qui se demande où je suis, si je viens. Faire monter le désir, attendre notre tour à la caisse sans perdre une seconde d'un temps précieux. Laisser Nine me maquiller dans la file en piétinant, en rigolant comme deux baleines, aux yeux de tous mais seules au monde. Un oeil, deux yeux. Laisse-moi faire je te dis, tu vas être magnifique. Payer. Non merci, pas de sac, c'est pour consommer tout de suite. Vous auriez des ciseaux...? C'est pour l'etiquette! Courir à Monop' comme des andouilles, laisser Nine faire la queue pendant que je cours les rayons. Ralentir devant les préservatifs... Et puis non, c'est quand même à lui de gérer ça. Répondre aux SMS. Payer. Courir à nouveau. Traverser la foule. Atteindre le parking. Retrouver la voiture. Demander à Nine de faire le guet. Me déshabiller en ricanant bêtement, à toute vitesse, des pieds jusqu'à la tête sans oublier le déo. Me retrouver nue dans une voiture au fond d'un parking. Enfiler les jolis dessous, les collants, la robe. Ajouter mon manteau. Rien de plus. Tant pis pour le froid. Enfourner les habits sales au fond du sac. Verrouiller la voiture et courir encore, lâcher ma copine comme une voleuse et courir de plus belle, entre deux SMS, courir jusqu'à lui, courir jusqu'à ma première fois, un sourire aux lèvres, le cœur battant, courir pour évacuer la peur, l'émotion, le rire nerveux et les larmes aux yeux, tourner au coin de la rue et courir encore. Numéro 17, je m'arrête. Essoufflée.Je prends mon inspiration, je fais le code, je referme la porte derrière moi et je monte les escaliers au septième ciel. 18 minutes top chrono. J'espère qu'il n'est pas trop tard. J'espère qu'il est encore là.


J'ai 15 ans. Encore 15 ans. 15 ans à nouveau. Je ne sais plus, j'oublie. L'horloge s'est arrêtée. Je ferme les yeux. Je rouvre ses bras. Apprêtée, maquillée, parfumée. Le sourire aux lèvres et ses lèvres sur les miennes.

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mardi 5 février 2013

Instants croqués: la bibliothèque

Je n'aime pas les étalages de livres au kilomètre. Ca me déprime, ça me décourage de lire comme d'écrire.

La bibliothèque que je préfère pour choisir un nouveau roman, c'est la tienne. J'aime parcourir tes titres, fouiller, chercher je ne sais quoi. J'aime en attraper un, le feuilleter, m'arrêter sur une page et repartir ailleurs voir si tu y es.

J'aime te deviner à l'intérieur de ces lignes, j'aime surtout emprunter une part de toi. La relier à moi, définitivement. 

Certains mots résonnent plutôt que d'autres.

Dans ma bibliothèque, moi , par exemple, je ne garde que l'essentiel. Ce qui parle de moi, ce qui m'a touchée, retenue, intriguée, emportée, renversée... A quoi bon le reste? Ma bibliothèque tient dans une boîte finalement. Mais cette boîte ouvre un monde ...