Cette douleur qui m'arrache le cœur, cette douleur d'absence, cette douleur de manque, cette douleur de peur. 

Peur que tu t'en ailles, peur que tu t'échappes, que tu trouves d'autres bras, d'autres regards, d'autres oreilles attentives, d'autres caresses intimes. 

Qu'en est il de l'égo? Qu'en est-il de la possession, qu'en est-t-il de l'amour?

Cette peur-là ne peut pas être une douleur d'amour. L'amour est ailleurs, l'amour ne retient pas, l'amour est calme et confiant, il n'attend rien, il se suffit à lui-même. Cette douleur-là qui s'insinue est un poison, elle rend vulnérable et enferme l'esprit. Elle claque les portes et obstrue les possibles, elle prend toute la place à en perdre la raison.

Ce cri dans mon corps qui ne me laisse aucun répit c'est le manque.

La même pointe lancinante qu'à la mort d'un proche, la même crispation qu'à l'arrêt d'une drogue, le même abattement. Le temps qui s'étire et n'avance plus, sans avenir, figé, le monde autour de nous, figé lui aussi, et la masse de notre corps horriblement ancrée dans le présent, le corps et l'esprit tout entier inscrits dans un même gouffre béant qui ne cesse de nous noyer à l'intérieur de nous même. Verrouilles à double tour, sans appel d'air.

Nous ne somme plus à même d'en sortir sans l'objet du délit, l'objet du manque, seul avenir possible, seul objet de salut.

Douleur d'amour qui n'en est pas une puisque passent les hommes et le mal reste le même, le même mal revient, identique, une blessure à vif. Cette douleur ne fait que nous traverser, insurmontable, sans issue, sans remède, et qui pourtant je le sais passe, comme se succèdent les amours. 

Cette douleur qui un jour ne viendra plus pointer le bout de son nez, qui prenait toute la place et qui subitement n'existera plus. Lorsque l'aliénation s'en sera allée...

Alors raisonnablement je me demande comment c'est possible que ça puisse passer l'amour ?

Comment est-il possible que ça puisse tant nous engourdir et puis disparaître, s'évanouir.

Comment quelqu'un peut il tellement manquer à notre vie, envahir notre esprit, encombrer notre corps et puis plus rien. Le même regard un jour ne nous perdra plus, le même soupir ne nous manquera plus, la nuance dans la voix, le mouvement des pensées, tout ce qui nous est à ce point indispensable, vital, insurmontable un jour ne sera plus rien. Plus rien qu'un souvenir passé.