Cette maison est ouverte. Les enfants y vont et y viennent. Les siens et ceux des autres. Les voisins, les cousins, les copains. Parfois ils restent, parfois ils ne font que toquer. Les portes s'ouvrent et se referment, laissant entrer les courants d'air.

Il aime être là, à côté. Il se sent à sa place.

Il les écoute parler, imiter ce qu'ils vivent ailleurs, toi tu serais le loup, et moi le petit cochon dans sa maison de brique. Non, j'aime pas les loups. Bon d'accord, toi tu serais le loup princesse Jasmine et moi le petit cochon Poucelina, tu serais ma grande soeur et moi je voudrais pas que tu me fasses peur alors je me cacherais dans ma maison de briques. Il les écoute s'ennuyer parfois, crier souvent mais rire tout de suite après, se disputer à tout jamais et puis se réconcilier. Il regarde les âges s'emmêler, les genres se rencontrer, les liens se nouer et se dénouer. Le théâtre de la vie, déjà. Il aime les portes entrouvertes sur les chambres jonchées de jouets et deviner au milieu trois enfants agenouillés qui ont oublié le monde alentour pour s'embarquer dans une nouvelle histoire. Il aime entendre le bruit des pas qui se courent après, les portes qui claquent et les gloussements de baleines. Parfois les pas viennent jusqu'à lui les yeux plein de larmes s'étant rappelés qu'il était là tout près. Alors il reçoit le trop plein qui déborde, les peurs, les injustices, les blessures et les colères incontrôlables jusqu'à ce que les pas soient prêts à s'en retourner.

Il aime être ce témoin bienveillant. A sa place, juste à côté. Permettre à la vie d'être ce qu'elle est. N'être rien de plus qu'un point d'ancrage.

Il ne sait pas ce qui leur en restera et peu lui importe. Il sait que c'est ici qu'il est bien.