Je ne sais pas écrire. Je n’y arrive pas.
Je veux dire. Je ne sais pas vraiment raconter des histoires. C’est un fait. Mes essais sont fades et convenus parce que je ne sais ni inventer ni sortir de moi-même. Je ne sais pas briller. J’espère que vous n’êtes pas déçus.

Rien à inventer.
Je ne sais pas mélanger, broder, brouiller les pistes. Je ne sais pas travestir.

Si je ne raconte pas des histoires alors je dis la vérité ?
C’est pourtant dommage de ne pas mentir parfois. Et c’est plutôt indécent de parler de moi. Qui ça peut bien intéresser ?
Je pourrais parler des autres. Mais de quel droit ? Je n’aime pas parler à la place des autres.

Je ne veux pas parler des gens que je connais. Leur vie ne m’appartient pas.
Je ne sais pas parler de ceux que je ne connais pas. Trop loin de moi.

Alors je me parle à moi-même. En ne partant de rien. Juste de ce qui me vient. Je dessine des visages vides sans fin. Comme je vide mon esprit.
Au début, il n'y avait rien. Et puis il y eut le verbe.

J’écris comme je parle. Je parle comme je vis. Difficilement. Entièrement. De tout mon être.

Ecrire, c’est simplement vivre. Et retranscrire. Se rapprocher de soi-même pour atteindre les autres.
Et plus j’écris, plus je deviens translucide. On entre en moi à livre ouvert.

D’ailleurs, souvent je me demande, comment peut-on oser écrire ?
C’est absurde ! Quelle prétention.

« Et toi, qu’est ce que tu fais dans la vie ? » « Moi ? Je vis. J’écris ce que je suis. Et j’en vis. »

Qui peut se payer le luxe d’écrire pour en vivre, sincèrement ?